Les eaux glacées du calcul égoïste (et des chèques-cadeaux). | Robyn Beck / AFP
Les eaux glacées du calcul égoïste (et des chèques-cadeaux). | Robyn Beck / AFP

Un économiste plaide pour le plus triste cadeau de Noël: le bon d'achat

Les chèques-cadeaux ou le cash seraient la meilleure solution pour une «allocation optimale des ressources».

En 1993, l'économiste Joel Waldfogel réalise qu'offrir des cadeaux à Noël «n'est pas le moyen le plus efficace sur le plan économique pour deux personnes d'échanger des biens ou des services». Si vous trouvez ce raisonnement et ce vocabulaire étrange, n'oubliez pas qu'il s'agit d'un économiste.

Waldfogel publie donc dans la revue American Economic Review un article baptisé «La perte sèche de Noël». Celui-ci quantifie les dégâts économiques provoqués par des cadeaux mal choisis. Vingt-sept ans plus tard, il divise encore la discipline.

Pour réaliser son étude, l'économiste interroge des étudiants de premier cycle et conclut qu'offrir un cadeau –plutôt qu'un bon d'achat ou de l'argent en cash– détruit entre 1/10 et 1/3 de la valeur de l'objet. C'est ce phénomène qu'il qualifie de «perte sèche».

Wired donne l'exemple suivant: si on vous offre un manteau à 100 euros dont vous n'avez pas besoin, il ne vaut en quelque sorte que 10 euros à vos yeux. La personne qui vous l'a offert a donc détruit 90 euros de valeur.

Le Grinch, version économiste

Déterminé à détruire l'esprit de Noël, Waldfogel précise que les cadeaux faits par les grands-parents sont ceux qui détruisent le plus de valeur économique (-37%), juste devant ceux des oncles et tantes (-36%).

«Offrir des cadeaux implique que quelqu'un d'autre que le consommateur final décide de ce que celui-ci obtiendra. Cela semble être le meilleur moyen d'obtenir une allocation de ressources inefficace», analyse froidement (glacialement?) l'économiste.

Si certaines études contredisent l'analyse de Waldfogel –qui a depuis publié un livre intitulé Pourquoi vous ne devriez pas offrir de cadeaux à Noël–, d'autres tirent des conclusions similaires. En 2017, un article publié dans Economics Bulletin a conclu à une perte sèche de 15% sur les cadeaux offerts lors de la fête de Diwali, en Inde.

Selon un sondage de 2013, 54% des économistes sont néanmoins en désaccord avec Waldfogel. Les partisans du cadeau mettent en avant la possibilité de faire découvrir de nouvelles choses, le temps économisé et le resserrement des liens entre deux personnes. Loin des «eaux glacées du calcul égoïste» de Karl Marx, donc.

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