Un smartphone entre toutes les mains et un pays en pleine mutation numérique. | Sanjay Kanojia / AFP
Un smartphone entre toutes les mains et un pays en pleine mutation numérique. | Sanjay Kanojia / AFP

«L'effet Jio», ou comment un homme a révolutionné l'Inde en trois ans

De zéro à 322 millions d'abonnements: le Xavier Niel indien a bouleversé son pays en entraînant les autres.

Il n'aura fallu que trois petites années pour que le paysage numérique se transforme à jamais en Inde, avec des effets se répercutant dans la Silicon Valley puis dans le monde entier.

À l'origine de cette révolution, un homme: le milliardaire Mukesh Ambani. Patron du conglomérat local Reliance Industries, Ambani est une sorte de Xavier Niel du cru, qui a compris que dans un pays dont la croissance bat des records mais qui reste très pauvre, seule une politique tarifaire ultra agressive pouvait bouleverser le marché.

Mukesh Ambani et Reliance Industries ne se sont engagés qu'en 2016 sur celui des télécommunications, avec Reliance Jio. D'emblée, la nouvelle firme a été dotée d'une arme redoutable. Pendant près d'un an, Jio a offert les transferts de données à sa clientèle avant de les facturer à très bas coût (21 roupies soit 0,26 euros le giga).

322 millions d'abonnements en trois ans

Une stratégie gagnante. La croissance est phénoménale. Jio cumule 50 millions d'abonnements en quatre-vingt-trois jours d'exitence seulement. Après 170 jours, l'opérateur en dénombre 100 millions. Trois ans plus tard, l'entreprise peut se targuer d'avoir attiré une clientèle de plus de 322 millions de personnes. Comme le note Business Insider, ce nombre équivaut presque à celui de la population américaine. Jio est ainsi devenu le troisième plus grand opérateur au monde.

L'entreprise indienne bénéficie de la relative jeunesse du marché des smartphones, l'un des seuls à connaître encore une croissance à deux chiffres. Les usages évoluent. Selon l'analyste Neil Shah, la population indienne consomme en moyenne 11 gigas de données par mois, contre 700 mégas avant le surgissement de Jio.

La Silicon Valley et les grands acteurs de l'industrie numérique regardent le phénomène avec des yeux envieux. Commerce et e-commerce avec Flipkart ou Grofers, VTC avec Ola, ou transferts d'argent avec Paytm, l'Inde commence à produire ses propres géants.

Terre de conquête

Application chinoise, Tik Tok connaît un succès phénoménal. Elle est installée sur 41% des terminaux indiens. Facebook, qui semble avoir connu son climax commercial en Occident, fait logiquement de ce pays l'un des principaux supports de sa croissance mondiale.

Né en Inde, le patron de Google Sundar Pichai fut l'un·e des invité·es de marque du mariage du fils de Mukesh Ambani. Netflix tente de conquérir ce marché avec une offre 100% mobile proposée au prix de 250 roupies par mois, soit un peu plus de 3 euros.

Spotify a également essayé de s'imposer dans ce nouveau marché de taille, en proposant notamment des offres originales d'abonnement, l'un quotidien (13 roupies par jour, soit 0,16 euros), l'autre mensuel (129 roupies, environ 1,6 euros).

Le principal gagnant est YouTube. Gratuit, doté d'une data à très bas coût, le site est devenu la plateforme de streaming numéro 1 pour des dizaines de millions d'Indien·nes.

Cette course a déjà fait une victime collatérale: le compte de la star des YouTubers, PiewDiePie, longtemps le plus suivi dans le monde, a, au terme d'un combat homérique, été surpassé par celui de T-Series, gros producteur local de musique et de films dont la chaîne affiche désormais 109 millions d'abonnements.

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