«Allez, salut, hein!» | Christophe Gateau / dpa / AFP
«Allez, salut, hein!» | Christophe Gateau / dpa / AFP

Le gendarme financier américain ne peut plus rien face aux tweets douteux d'Elon Musk

Il est désormais trop puissant pour voir ses bêtises censurées.

Annonces folles sur Tesla, SpaceX ou des firmes parfaitement inconnues, petits jeux dangereux aux effets colossaux autour des cryptomonnaies, insultes crasses menant droit au tribunal, pugilat verbal avec la concurrence, prises de position pour le moins douteuses sur le Covid-19...

Immodéré et sans filtre, l'usage que fait Elon Musk de Twitter est loin de la parole feutrée et étroitement contrôlée que l'on peut habituellement attendre d'un entrepreneur d'une telle envergure.

Si cette communication anarchique fait le bonheur de son culte le plus fidèle, l'ire de ceux qui le haïssent jusqu'au bout des ongles ainsi que le quotidien des commentateurs lointains que nous sommes, elle n'est pas sans poser de problème.

L'un des plus fameux épisodes fut celui d'un tweet d'août 2018, dans lequel un Musk fanfaronnant annonçait à qui voulait le lire qu'il était proche de faire sortir Tesla des marchés boursiers, et qu'un financement à hauteur de 420 dollars l'action était «sécurisé».

L'annonce, qui ne reposait semble-t-il que sur du vent, a bien sûr fait exploser le cours de l'action d'un constructeur automobile encore jeune, et la Securities and Exchange Commission, gendarme boursier américain, avait pris ombrage de ce qu'elle avait alors considéré comme une pure et simple manipulation du marché.

Elle avait alors tapé du poing sur la table et traîné Musk devant les tribunaux. La SEC faisait payer une amende totale de 40 millions de dollars à l'entrepreneur et à l'entreprise, et imposait aux gestionnaires de cette dernière, intronisés chaperons 2.0 du remuant garçon, d'encadrer très strictement et a priori chacun de ses gazouillis sur le réseau de micro-blogging.

Impuissance

Ce courroux a-t-il porté ses fruits? Pas vraiment. Début juin, le Wall Street Journal a ainsi rapporté comment la SEC avait depuis échoué à faire appliquer sa décision quant à l'imprimatur nécessaire des tweets de Musk pour toute prise de parole concernant Tesla.

Par deux fois, elle a écrit à Tesla pour lui signifier son échec à superviser Musk; par deux fois, l'entreprise a répondu que les tweets en question n'enfreignaient aucune règle; par deux fois, les choses en sont restées là. En clair: Musk est désormais trop puissant et sa manière de faire trop neuve pour que le gendarme américain des marchés financiers ne puisse y faire grand chose.

«Parce qu'Elon est à ce point lié à son entreprise, toute reprise en main plus sévère pourrait être dommageable à la firme comme à ses actionnaires», explique au WSJ David Rosenfeld, ancien de la SEC et enseignant désormais à la Northern Illinois University. «Cela pourrait se révéler contre-productif. Musk a continué à tenter le diable parce qu'il savait que cela n'aurait pour lui aucune conséquence», poursuit-il.

La SEC pourrait décider de retourner devant le juge, comme elle a tenté de le faire sans grand succès en 2019, et lui demander de prendre des mesures bien plus contraignantes envers Musk, l'éloignant de manière plus concrète et définitive des méandres des marchés financiers.

Mais selon le WSJ, son autorité a trop à perdre en cas d'échec, et les enjeux sont désormais trop grands. Elle ne le fera donc pas: selon les sources du journal, elle aurait ainsi tout simplement lâché l'affaire et décidé de ne plus perdre inutilement son temps à demander des comptes à Tesla.

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