Il est certes vrai que se la jouer un peu, ça n'a pas de prix. | Neal E. Johnson via Unsplash
Il est certes vrai que se la jouer un peu, ça n'a pas de prix. | Neal E. Johnson via Unsplash

Attention, vos patrons vous arnaquent avec des titres à la con

Ce n'est pas parce que l'intitulé de poste est ronflant que le salaire sera gros.

«L'inflation monétaire est peut-être sous contrôle en Grande-Bretagne, mais on ne peut pas en dire autant de celle qui touche les intitulés de poste.» «Il semble que presque tous les Américains de plus de 23 ans aient des cartes de visite sur lesquelles on peut lire “vice-président exécutif”.»

Ainsi que l'écrit la journaliste Aki Ito dans un drôle d'article pour Business Insider, ces phrases pourtant tant d'actualité ne le sont pas: elles sont extraites d'un éditorial du Financial Times de 1993, consacré à «l'inflation» des intitulés de poste qui régnait déjà à l'époque.

Aujourd'hui? C'est pire, à en croire une étude menée sur 2,4 millions d'offres d'emplois par la firme Datapeople, spécialisée en ressources humaines. Depuis 2019, ainsi que le rapporte Aki Ito, les firmes ont ainsi triplé leur utilisation du terme «lead» pour des première offres dans la tech; ont augmenté de 57% celle du mot «principal»; et, au contraire, ont réduit de moitié la présence de «junior».

Mais pourquoi donc une telle augmentation des titres ronflants? Il y a plusieurs explications au phénomène. La première est tout simplement pécuniaire: les employeurs troquent des augmentations et des heures supplémentaires contre des titres ronflants.

Aux États-Unis, et comme l'a démontré une récente étude de l'université du Texas, offrir un titre de manager à un salarié permet à une entreprise de ne pas déclarer ses heures supplémentaires. Selon les chercheurs, ce sont 4 milliards de dollars (3,72 milliards d'euros) que permettent d'économiser des intitulés tels que «directrice des premières impressions» (pour hôtesse d'accueil) ou «manager du shampoing moquette» (pour agent d'entretien).

Offrir un titre ronflant de général en chef d'armée mexicaine à un employé que l'on cherche à débaucher est également un moyen facile et, surtout, gratuit d'attirer et de conserver ses salariés dans un marché de l'emploi particulièrement tendu, notamment aux États-Unis, poursuit Business Insider.

CEO de son orgueil

Business Insider note par ailleurs qu'il s'agit d'une technique vieille comme le monde pour enfler la réputation de ses ouailles auprès de la clientèle extérieure. Aki Ito précise ainsi que Goldman Sachs a compté jusqu'à 12.000 «vice-présidents» et «vice-présidentes» dans ses rangs, soit un tiers de ses effectifs: parfait pour impressionner les impressionnables.

Plus récemment, le Financial Times décrivait une stratégie similaire du côté de la firme EY, qui avait fait de ses salariés et salariées les plus anciens des «partners». Un moyen pour elle de les flatter, ainsi que les clients dont ils et elles avaient la charge, sans pour autant leur offrir un penny de plus.

Aki Ito affirme que la technique fonctionne même pour les robots qui, un jour, ne manqueront pas de nous piquer nos places et nos bullshit jobs. Une récente étude a ainsi montré qu'un chatbot se présentant comme un «manager» plutôt que comme un «représentant» du service client gagnait en crédibilité auprès de la personne à qui il adressait ses blablas algorithmiques.

Selon Aki Ito, une question générationnelle est également à l'œuvre derrière cette inflation des titres ronflants. Les membres de la génération Z auraient ainsi des attentes beaucoup plus importantes en matière de promotion et de progression de carrière, forçant les entreprises à déployer des trésors d'invention pour leur attribuer des intitulés flatteurs mais sans réel rapport avec une quelconque gloire salariée.

Outre l'effet (négatif) de ces postes sur les salaires, ces délires peuvent également être porteurs d'autres influences néfastes sur les carrières des salariés. Se trouver face à une offre pour être «lead developper» peut conduire un candidat ou une candidate à ne pas se sentir suffisamment compétent, même lorsque c'est largement le cas.

À l'inverse, être bardé d'un titre de super-chef-de-tout quand on n'est qu'un salarié aux compétences certes réelles mais dans la moyenne risque de faire s'éloigner d'éventuels employeurs, qui vous considérerons comme surqualifié –et probablement trop chers pour leurs finances.

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