L'écologie est un savoir. Encore faut-il savoir le vendre, et à la bonne entreprise. | Franck V. via Unsplash
L'écologie est un savoir. Encore faut-il savoir le vendre, et à la bonne entreprise. | Franck V. via Unsplash

Peut-on inscrire la conscience écologique sur son CV?

Savoir économiser les ressources est un atout professionnel, qui bien présenté peut vous ouvrir des portes.

Selon un sondage Indeed d'octobre 2019, une grande majorité des DRH se montreraient particulièrement intéressé·es par les qualités humaines des candidat·es, que l'on qualifie de «soft skills» –par opposition aux «hard skills», comme la formation initiale ou les compétences métier.

Les enjeux environnementaux liés à l'impact des activités des entreprises étant de plus en plus pressants, la conscience écologique peut-elle devenir une soft skill au même titre que la créativité, la capacité à travailler en équipe ou l'écoute?

Miser sur ses soft skills

Les qualités humaines varient d'une personne à l'autre, et chacune dispose de sa propre liste de softs skills. Néanmoins, on retrouve le plus souvent sur le CV des candidat·es ce qu'on appelle les «4C»: «Ce sont la pensée critique, la créativité, l'esprit collaboratif et la communication», développe Julien Bouret, coach en bien-être au travail et coauteur du livre Soft skills - Développez vos compétences comportementales, un enjeu pour votre carrière.

En 2008 déjà, l'OCDE avait défini ces 4C dans une étude, ainsi que les compétences littéraires (information, médias, technologie) et celles liées au quotidien (flexibilité, initiative, sociabilité, productivité, leadership), comme le cadre de référence pour pouvoir travailler au XXIe siècle.

«Aujourd'hui, les soft skills sont encore plus importants, insiste Christel De Foucault, conférencière et coautrice de Recruteurs: 80 questions pour réussir vos entretiens. Les robots vont progressivement remplacer l'humain pour certaines tâches, et les entreprises cherchent des personnes qui vont avoir des compétences humaines pour s'adapter à un nouvel environnement. Il ne faut donc pas citer n'importe quelle soft skill ou globaliser ses compétences.»

D'après l'enquête d'opinion réalisée par Indeed, quand les recruteurs étudient la personnalité des candidat·es, ce qui les intéresse avant tout est leur grande capacité d'adaptation –alors que de l'autre côté de la table, il est habituel de croire qu'une personnalité hors normes est davantage recherchée.

Malgré tout, il n'existe pas de liste arrêtée de soft skills, rappelle Julien Bouret, et il est d'abord nécessaire de trouver celles qui nous ressemblent. «Tout part de la conscience, c'est le premier pilier d'activation des soft skills, détaille-t-il. Par exemple, j'ai pris conscience que je n'étais pas assez à l'écoute des autres; je vais fixer mon intention et développer cette compétence. C'est à chacun, en fonction de ses prises de conscience, de mettre en avant une famille de soft skills. La conscience de l'écologie peut donc très bien être une soft skill comme une autre, à condition de pouvoir l'assumer devant un recruteur.»

Mettre en avant ses réalisations

Une part croissante de la population active souhaite travailler dans un environnement écoresponsable, et selon un sondage Cadremploi publié en novembre 2019, 78% des cadres choisiraient même un employeur écolo en cas de changement de poste.

Mais avant de modifier son CV en conséquence, il faut bien faire la différence entre conscience écologique et intérêt pour l'écologie. «Si on choisit de mettre la conscience écologique dans ses softs skills, il faut absolument la développer avec des exemples de réalisation entre parenthèses, car il faudra ensuite la justifier devant un recruteur, met en garde Christel De Foucault. En revanche, si on a une démarche écologique personnelle ou associative, il ne faudra parler de l'écologie comme d'un centre d'intérêt que si cela peut intéresser l'entreprise.»

«Il faut bien faire attention à ne pas se jeter trop de fleurs, complète Julien Bouret. En mettant en avant la conscience écologique sur un CV, on va se démarquer, mais il y a un risque de ne pas pouvoir l'incarner devant un recruteur. Pour lui, les expériences personnelles ou les projets peuvent aider à justifier cette compétence.»

L'enquête d'Indeed le confirme: 71% des responsables d'un recrutement seraient intéressé·es par des projets personnels pouvant être considérés comme des activités à part entière et 75% par les expériences atypiques ou peu cohérentes, contre 63% par les loisirs peu conventionnels et 55% par les engagements politiques et associatifs. Pourtant, 30% des candidat·es dissimuleraient ces fameuses expériences atypiques, contre 22% leurs hobbies inhabituels.

«Pour illustrer la conscience écologique, on peut aussi utiliser des soft skills liées comme la créativité, la capacité à inventer de nouveaux modèles ou la capacité à écouter son propre climat intérieur, suggère Julien Bouret. Il est difficile d'agir sur le climat extérieur d'une entreprise si on n'est pas capable de prendre conscience de ses propres dérèglements internes. Souvent, des salariés sont en conflit avec leurs collègues car ils ne sont pas à l'écoute de leurs propres tempêtes internes. Le principal est d'être à l'aise avec cette compétence et de pouvoir surtout la développer pendant l'entretien.»

S'adapter à l'entreprise... ou non

Si l'écologie est un sujet aujourd'hui bien ancré dans les esprits, les DRH n'y sont pas toujours sensibles. «Certains sont braqués sur le sujet et ont peur de voir arriver le bobo de service, qui va manger vegan à la cantine et apporter sa tasse à café au bureau, caricature volontairement Christel De Foucault. Ils seront d'autant moins sensibles à cette compétence s'ils savent que leur entreprise n'est pas très respectueuse de l'environnement.»

Pour Julien Bouret, «les recruteurs sont des êtres humains comme les autres: certains seront ouverts et d'autres complètement fermés à l'idée, même si on ne peut plus ignorer l'impact de l'activité des entreprises sur l'environnement. Et souvent, quand le contact ne passe pas avec un recruteur et que l'entretien se passe mal, c'est que ce n'était pas la bonne entreprise».

Quand il s'agit de vendre ses compétences sur un marché de l'emploi très concurrentiel, a-t-on néanmoins vraiment le choix de ses valeurs? «Pour trouver un emploi, mieux vaut aller dans le sens de la marque employeur et être en adéquation avec les valeurs du groupe, reconnaît Christel de Foucault. Mais on peut aborder la question de l'écologie en entretien ou, mieux encore, entrer dans la société et faire ses preuves pour pouvoir amener des idées nouvelles.»

Il existe également de nombreuses sociétés prônant des valeurs environnementales responsables, «et tout part de notre intention pour choisir une entreprise qui nous convient», observe Julien Bouret: «À un moment, il faut aussi assumer qui l'on est vraiment, connaître ses aspirations et ses prises de conscience, et ce que l'on veut faire avec.»

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