Attention aux chiffres en trompe-l'œil. | Divya Agrawal via Unsplash
Attention aux chiffres en trompe-l'œil. | Divya Agrawal via Unsplash

Les hommes aussi sont discriminés à l'embauche

Une étude dévoile des chiffres surprenants –mais attention aux faux-semblants.

À l'heure où les féministes de tous bords dénoncent avec force les inégalités d'accès aux postes à responsabilités et aux discriminations à l'embauche dont seraient victimes les femmes, une étude du Centre en recherches sociales de Berlin (WZB) vient renverser certaines idées reçues.

D'après les chercheurs, les hommes seraient victimes de discrimination lorsqu'ils postulent à des emplois considérés comme «féminins», alors que l'inverse n'est pas vrai.

L'étude a analysé les réponses d'employeurs à 4.300 candidatures fictives dans six pays (Allemagne, Pays-Bas, Norvège, Espagne, Royaume-Uni et États-Unis) et pour six professions (cuisinier, gestionnaire de paye, réceptionniste, représentant commercial, développeur de logiciels et vendeur).

Résultat: «Nous n'avons trouvé aucun signe de discrimination à l'égard des jeunes femmes dans aucun pays et dans aucune des professions étudiées, y compris les professions à prédominance masculine comme développeur de logiciels», observent les auteurs.

En revanche, les femmes ont été considérées comme plus aptes que les hommes pour les métiers à prédominance féminine (vendeuse, gestionnaire de paye ou réceptionniste, par exemple). Ce n'est pas un hasard si 87% des infirmiers ou 85% des professeurs des écoles sont des infirmières et des professeures.

Cette étude confirme un autre testing réalisé par la Dares. «Les taux de rappel des candidats et les taux de refus ne diffèrent pas selon le sexe», affirme l'organisme public. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, «les femmes ne sont pas davantage discriminées à l'embauche dans les métiers où la proportion d'hommes est importante et pour lesquels les stéréotypes de genre auraient pu jouer en leur défaveur», note la Dares.

Trompe l'œil

À diplôme égal, une femme ingénieure ou développeuse a plus de chances d'être rappelée par un recruteur que son homologue masculin. Le phénomène est particulièrement marqué pour les postes d'encadrement, où la tendance est de favoriser les femmes, poursuit la Dares. Les entreprises pratiquent une sorte de discrimination positive qui ne dit pas son nom.

«Les stéréotypes du type “les femmes sont plus susceptibles de quitter leur job pour s'occuper de leurs enfants” ou “sont moins engagées envers l'entreprise” ne jouent plus aujourd'hui, notent les chercheurs du WZB. À l'inverse, les hommes qui postulent à des emplois dits “féminins” sont soupçonnés d'être instables et de vouloir poursuivre une carrière dans un autre domaine.»

Pourquoi donc trouve-t-on encore seulement 36% des femmes dans les postes d'encadrement, selon l'Apec? C'est que l'écart se creuse au fil du temps. Alors qu'elles sont pratiquement à égalité avec les hommes lors de l'embauche, c'est au moment de la progression des carrières que les différences se creusent.

Chez les plus de 55 ans, la part des femmes n'est plus que de 31%. Par ailleurs, «lorsque les femmes accèdent à des fonctions de management, leurs équipes sont généralement plus petites et moins souvent composées de cadres. Les femmes managers sont également moins nombreuses à gérer un budget et à avoir la responsabilité d'un chiffre d'affaires à réaliser», observe l'Apec.

Le résultat d'un enchevêtrement de contraintes familiales (qui pèsent encore largement sur les femmes), mais aussi d'une forme d'autocensure ou de choix de vie. 46% des hommes se déclarent ainsi prêts à se porter candidat au poste de leur N+1 si celui-ci venait à se libérer, contre 41% des femmes. Peut-être une moindre propension à se destiner aux postes de pouvoir?

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