Ça les fait en tout cas bien marrer. | Priscilla Du Preez via Unsplash
Ça les fait en tout cas bien marrer. | Priscilla Du Preez via Unsplash

La théorie des «bullshit jobs» est-elle elle-même une vaste connerie?

Ils seraient bien moins nombreux que ce que David Graeber, inventeur du concept, l'affirmait.

En 2013, l'anthropologue David Graeber publiait un article sur le phénomène des «bullshit jobs» (jobs à la con), dans lequel il dénonçait la prolifération d'emplois vides de sens voir nuisibles pour ceux qui les pratiquaient dans la finance, la communication, l'informatique ou le marketing.

Un phénomène théorisé quelques années plus tard sans son livre Bullshit Jobs, paru en 2018 et devenu un best-seller. D'après l'auteur (mort en 2020), ce genre d'emplois où les personnes se contentent de brasser de l'air représenteraient entre 30% et 60% de la main-d'œuvre.

Si beaucoup de gens se sont reconnus dans les «rafistoleurs» ou les «cocheurs de cases» décrits par David Graeber, sa thèse serait elle-même une «vaste connerie», affirme l'hebdomadaire The Economist, qui relaye une étude de trois universitaires qui ont entrepris une analyse chiffrée des affirmations de Graeber.

«Dans son livre, David Graeber s'est largement appuyé sur des enquêtes auprès des travailleurs britanniques et néerlandais, où l'on demandait aux participants si leur travail apportait une contribution significative au monde. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que 37% à 40% aient répondu que ce n'était pas leur cas», ironise le magazine. À part Elon Musk, qui aurait la prétention d'affirmer que son emploi va changer le monde?

«Bullshit management»

En posant la question différemment, on arrive sans surprise à des résultats radicalement opposés. Les trois universitaires ont utilisé des enquêtes européennes sur les conditions de travail, dans lesquelles il était demandé aux employés s'ils pensaient que l'énoncé «J'ai le sentiment de faire un travail utile» s'appliquait à eux.

Résultat: seuls 4,8% des travailleurs ont répondu «rarement» ou «jamais». Et cette part n'est absolument pas en augmentation comme l'affirme Graeber, mais a baissé de 3 points entre 2005 et 2015, observent les auteurs.

«En outre, celles et ceux qui travaillent dans des bureaux et des emplois administratifs sont beaucoup moins susceptibles de considérer leur travail comme inutile que celles et ceux employés dans des rôles qualifiés comme essentiels par David Graeber comme le nettoyage ou les soins à la personne», observe The Economist.

Selon le magazine, «une partie du problème provient du ressentiment que certains universitaires comme M. Graeber nourrissent envers ceux qui travaillent dans la finance et d'autres professions liées au capitalisme». L'anthropologue aurait-il écrit son livre sur la base de la jalousie et d'une idéologie ancrée à gauche?

Les trois auteurs de l'étude reconnaissent toutefois qu'une partie de la thèse de Graeber se tient: le sentiment d'inutilité engendre une grande souffrance du côté du salariat. Ce sentiment ne dépendrait néanmoins pas de la nature du travail, mais de celle du management.

«Lorsque les managers sont respectueux, solidaires et à l'écoute des travailleurs, et si ces derniers ont la possibilité de participer, d'avancer leurs propres idées et d'avoir le temps de faire du bon travail, ils sont moins susceptibles se se sentir inutiles», décrivent-ils. Plutôt que de «bullshits jobs», il faudrait donc plutôt parler de «bullshit management».

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