Donnant-donnant. | Ahmad El Itani / Saudi Aramco / AFP
Donnant-donnant. | Ahmad El Itani / Saudi Aramco / AFP

L'Arabie saoudite prête à rapatrier le CO2 issu du gaz qu'elle vend

Un deal inédit entre le royaume et la Corée du Sud.

Dans n'importe quelle industrie, chaque deal donne lieu à d'âpres négociations et contreparties.

Pour conquérir le marché chinois, Airbus a ainsi concédé des transferts de technologie et a promis l'installation d'une immense usine d'aménagement de ses avions A330 dans le pays. En 2019, Google a failli accepter une version censurée de son moteur de recherche pour faire son entrée en Chine (avant de renoncer face à l'immense tollé provoqué par l'accord).

L'Arabie saoudite se dit prête à rapatrier chez elle le CO2 issu du gaz qu'elle exporte. Saudi Aramco, la compagnie pétrolière nationale, vient de passer un accord avec l'entreprise sud-coréenne Hyundai Oilbank pour la fourniture de gaz naturel, rapporte Bloomberg.

Exporté en Corée par cargo sous forme liquéfiée, celui-ci servira sur place à la fabrication d'hydrogène, utilisable dans les véhicules ou dans des usines. L'Arabie saoudite sera ensuite chargée de récupérer le CO2 émis lors de la production d'hydrogène, puis de le rapatrier chez elle où il sera employé dans les puits de pétrole.

Un vendu pour un rendu

D'un côté, la Corée du Sud peut se vanter de produire de l'hydrogène «bleu», puisque son usine ne générera pas de CO2. De l'autre côté, l'Arabie saoudite bénéficie d'un sous-produit valorisable (l'injection de CO2 dans les puits de pétrole permet d'améliorer la récupération des hydrocarbures).

Bien entendu, il serait plus simple pour l'Arabie saoudite de produire directement l'hydrogène bleu chez elle pour l'exporter vers la Corée du Sud. Sauf que le CO2 est plus bien plus facile à transporter que l'hydrogène, car il nécessite de moins hautes pressions et des températures moins basses pour être stocké.

«C'est une option intéressante pour contourner les problèmes d'expédition et créer un marché mondial de l'hydrogène bleu», atteste Florian Forster, consultant chez Boston Consulting Group à Bloomberg.

Pour mettre en œuvre cet accord inédit, Korea Shipbuilding & Offshore Engineering, la branche de construction navale de Hyundai Heavy, développera le premier navire au monde capable de transporter à la fois du GPL et du dioxyde de carbone capté.

Jusqu'à présent, le marché du CO2 était purement virtuel, avec un système d'échange de quotas s'effectuant sur les places de marché. Demain, il pourrait faire l'objet de transactions physiques, à l'instar de n'importe quelle matière première valorisable.

Délocaliser la pollution est en effet une solution assez cynique adoptée par les pays riches depuis des années. Ce sont d'habitude plutôt les pays en développement, moins regardants sur les conditions sanitaires et environnementales, qui récupèrent les déchets électroniques ou autres plastiques usagés dont les pays développés veulent se débarrasser.

Pas sûr que les citoyens saoudiens soient ravis à l'idée de récupérer dans leur sous-sol tout le CO2 généré par leur polluante industrie du pétrole.

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