La rouille, ennemi public numéro 1. | Sameer Al-Doumy / AFP
La rouille, ennemi public numéro 1. | Sameer Al-Doumy / AFP

Le marasme nucléaire français, un désastre pour l'Europe entière

L'atomique d'EDF n'a pas produit aussi peu d'électricité depuis trente ans.

Hormis pour ceux qui pointent ses risques à court et long terme, le parc nucléaire d'Électricité de France (EDF) fut, longtemps, une gloire technologique nationale et une source d'approvisionnement en électricité non seulement pour la France mais aussi pour la Grande-Bretagne, l'Espagne, l'Italie, la Suisse ou l'Allemagne notamment.

Il est désormais une pierre d'achoppement politique, l'objet de vifs débats écologiques au sein de l'Union européenne et, surtout, un vilain petit canard technique dont les déboires en cascade sont en train de se transformer en boulet pour le continent dans son ensemble.

Mi-janvier, cinq des cinquante-six réacteurs français étaient ainsi à l'arrêt pour des problèmes de corrosion, une situation délicate menant l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et son président Bernard Doroszczuk à émettre une alerte sur les fragilités «inédites» de l'ensemble de la filière française.

Comme l'explique Bloomberg, la situation est effectivement des plus complexes pour EDF, donc pour sa clientèle et le réseau électrique européen global: les réacteurs nucléaires de l'opérateur français n'ont pas produit aussi peu d'électricité depuis trente ans.

La production nucléaire d'EDF, qui a connu un pic en 2005 avec 430 térawattheures, est ainsi tombée à 335 térawattheures en 2020, et devrait se situer entre 300 et 330 térawattheures en 2022, détaille le média américain.

Avenir incertain

Prise à la gorge, la France s'en remet à la relance de ses vieilles centrales à charbon pour tenter de traverser sans grande coupure un hiver qu'elle espère pas trop rude. Ses voisins serrent eux aussi aussi les dents: l'UE dans son ensemble traverse une profonde crise énergétique qui coûtera très cher à ses populations et qu'une guerre entre la Russie et l'Ukraine pourrait encore aggraver.

Alors que les observateurs et traders attendent avec anxiété les éventuelles fermetures d'autres réacteurs opérés par EDF, en France comme ailleurs en Europe, en Grande-Bretagne notamment, le marché est donc dans un état d'extrême tension.

Celle-ci est exacerbée par la transition à marche forcée du côté allemand et, partout, des énergies renouvelables encore trop peu développées pour pouvoir lisser la production continentale et combler les manques lors des pics de consommation, en particulier hivernaux.

La France n'est donc pas la seule à dépendre fortement de son nucléaire: c'est toute l'Europe qui risque le coup de froid majeur avec les marasmes du parc atomique d'EDF. Dans ce contexte débordant largement du cadre national, l'ASN demande que la France reconsidère sa décision de fermer douze réacteurs d'ici à 2035.

«La dépendance envers la France va sans doute augmenter avec la sortie de l'Allemagne du charbon et du nucléaire», commente ainsi pour Bloomberg Johannes Pretel, analyste pour Axpo Holding AG. «Cet hiver, nous avions encore l'intégralité de notre capacité mais ce ne sera plus le cas l'hiver prochain, parce que nos dernières centrales nucléaires auront fermé.»

En décembre, la ministre française de la Transition écologique, Barbara Pompili, exigeait d'EDF et de son président Jean-Bernard Lévy qu'ils prennent des mesures rapides et fortes pour s'assurer à l'avenir de la sûreté et de la permanence de sa fourniture en électricité nucléaire.

Dans le même temps, le gouvernement demande à l'opérateur des efforts financiers colossaux pour que les prix de l'énergie ne plongent pas les ménages français dans une crise plus aigüe encore.

Il va être grand temps, pour la France comme pour l'Europe dans son ensemble, de dessiner un avenir clair, logique et durable à la production de l'opérateur français, nucléaire ou non. Le contexte électoral français des prochains mois pourrait permettre –ou plus certainement compliquer– la tenue du débat sain et serein qu'il est désormais urgent de trancher.

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