Ça se corse encore à la pompe. | Marius Matuschzik via Unsplash
Ça se corse encore à la pompe. | Marius Matuschzik via Unsplash

Les sanctions contre le diesel russe mènent-elles à un désastre mondial?

A priori non. A priori...

La vie des marchés de l'énergie n'est décidément pas un long fleuve tranquille –en particulier en période de guerre, et quand celle-ci est menée par l'un des plus gros fournisseurs mondiaux de gaz, de pétrole et de leurs produits dérivés.

Malgré un coût exorbitant estimé à 1.000 milliards d'euros, malgré de grosses difficultés pour les particuliers comme pour les entreprises et industries, l'Europe a pour l'instant échappé au pire d'un hiver que l'on prédisait terrible. Quant à Vladimir Poutine, qui avait fait de l'énergie l'une des armes principales de sa guerre contre l'Ukraine et ses alliés, il semble avoir assez largement perdu son pari.

Mais les choses ne vont pas s'arrêter ici. Le 5 février doit entrer en vigueur une nouvelle sanction massue contre Moscou qui, après le «price cap» imposé au pétrole de l'Oural, concernera cette fois le diesel, l'un de ses dérivés raffinés dont le monde, ses foyers, ses automobiles comme ses industries dépendent très largement.

C'est justement cette importance du diesel dans le quotidien des Européens et de leurs économies qui inquiète les spécialistes, ainsi que l'explique Bloomberg. Jusqu'ici, la Russie était le plus gros fournisseur extérieur de diesel à l'Union européenne (UE), avec 600.000 barils par jour selon les chiffres fournis par Bloomberg, ou 220 millions par an selon le Time.

C'est une quantité colossale, qu'il faudra remplacer d'une manière ou d'une autre et dont la disparition sur le marché pourrait provoquer une grosse tension sur des prix –en France, notamment du fait de la fin de la ristourne, décidée par le gouvernement, ils sont déjà à la hausse à la pompe.

Flux et reflux

Pas de panique cependant: selon les expert interrogés par Bloomberg, le marché mondial devrait être capable d'absorber ces chamboulements. «La perte des barils russes est énorme, et les remplacer sera un immense challenge», estime ainsi Keshav Lohiya, de la firme Oilytics. «Mais le marché ne montre pas de signe de panique et les flux commerciaux ont prouvé leur résilience. Il y aura de nouvelle routes pour le diesel.»

Les Européens se sont précipités sur le diesel russe avant l'entrée en vigueur des sanctions, histoire de se constituer des stocks importants avant un éventuel choc tarifaire. Ils pourront pourtant a priori compter sur d'autres fournisseurs: les pays du Moyen-Orient, les mieux placés, l'Inde, les États-Unis ou la Chine, dont la production de diesel est excédentaire par rapport à la demande interne, seront ravis de trouver d'autres clients.

En revanche, signe des complexités que posent des sanctions imposées à une nation dans une économie mondialisée, une partie du diesel importé par l'Europe pourrait au final provenir du pétrole russe, importé par l'Inde par exemple, raffiné puis réexpédié vers l'Europe.

Le diesel de la Chine, dont les exportations sont déjà en très nette hausse, pourrait alimenter les marchés asiatiques voisins et libérer des flux pour l'Europe ou le reste du monde. Si, du moins, elle ne change pas de ligne: «Tout repose sur la politique chinoise, prévient Mark Williams, analyste pour Wood Mackenzie Ltd interrogé par le Time. Le pays a la clé pour tous les surplus de raffinage dans le monde.»

Comme l'explique le journal, la Turquie pourrait également jouer l'important rôle de tampon. N'étant pas membre de l'UE, elle pourrait décider d'importer massivement le diesel russe en surplus, et exporter ses propres produits raffinés vers l'Europe. Un jeu de dupes, mais une solution potentielle pour atténuer le choc. Une économie mondiale commençant à ralentir voire à flirter avec la récession dans certains pays comme les États-Unis, risque en outre de faire baisser la demande en diesel, donc d'assouplir les tensions sur les prix du marché.

Tout n'est cependant pas rose partout. Le marché devrait absorber les sanctions sur le diesel russe, mais il faudra sans doute quelques mois pour que les choses reviennent à la normale et que les flux se réorganisent, comme cela a été le cas pour le pétrole.

Si le diesel vient de plus loin ou fait des allers-retours entre la Russie, son raffineur et les clients finaux, les tarifs devraient en revanche en souffrir. Le retour de températures beaucoup plus froides pourrait également à nouveau faire grimper la demande, en particulier en fioul domestique, compliquant quelque peu la donne.

Le cas de la France est par ailleurs particulier. En pleine réforme des retraites, une partie des syndicats ont appelé à des grèves massives dans les prochaines semaines. Elles pourraient toucher les raffineries, comme ce fut déjà le cas en octobre 2022. Des pénuries ponctuelles ne sont donc pas à écarter, sans que la Russie joue un quelconque rôle dans ces marasmes.

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