Un pays riche aux infrastructures en miettes. | Montinique Monroe / Getty Images North America / AFP
Un pays riche aux infrastructures en miettes. | Montinique Monroe / Getty Images North America / AFP

La faillite énergétique et politique qui a plongé le Texas dans le chaos

Dérégulation forcenée et dérèglement climatique ne font pas bon ménage.

Certains médias américains expliquent que la semaine d'enfer polaire et sans électricité que passe le Texas est le résultat d'un événement «cygne noir», une conjonction exceptionnelle d'accidents et faits qu'il était impossible de prévoir.

Comme le fait remarquer Pandrov Strochnis sur Twitter, tout pourtant semblait prédestiner le Lone Star State –et d'autres avec lui– au chaos énergétique qu'il traverse en ce mois de février arctique.

Place forte traditionnelle du panorama énergétique américain, plus encore depuis le surgissement et le développement de la fracturation hydraulique, le Texas est aussi, avec les réformes mises en place en 2002, une vitrine de la dérégulation, de la décentralisation et du laisser-faire industriel.

Peu connecté aux grilles électriques des États voisins, il dépend en grande partie de ses exploitations de gaz de schiste, de ses puits de pétrole, de ses mines de charbon (66%), de ses centrales nucléaires ou de ses éoliennes.

Mais lorsque la vague de froid a frappé cet État peu habitué à de telles températures négatives, provoquant un pic inédit mais logique de la demande en électricité, c'est l'ensemble de ce système dérégulé qui s'est –littéralement– grippé.

Une partie des thuriféraires du fossile ont été prompts à pointer du doigt des éoliennes gelées, incapables de fournir aux foyers texans l'électricité verte qu'elles promettaient.

Les doigts accusateurs devraient pourtant pointer la dérégulation entamée en 2002 et l'état lamentable dans lequel elle a placé les centrales électriques plus classiques: légalement, plus rien ne les oblige à protéger leurs installations du gel.

Celles qui n'étaient pas suffisamment protégées ont donc dû stopper leur production. Quant à celles qui tenaient encore debout, elles ne sont pas beaucoup mieux loties: comme l'explique Bloomberg, elles dépendent de carburants –notamment le gaz de schiste– issus d'exploitations elles-mêmes paralysées par le gel.

Les avaries de l'avarice

Très peu connectée à celles des États voisins, la grille texane s'est donc effondrée, provoquant des coupures électriques pour des millions de foyers et d'industrie, et une hausse ahurissante de 10.000% du prix de gros de la fourniture électrique, passée de 30 dollars (25 euros) le MWh le 10 février à plus de 9.000 dollars au creux de la crise.

Ainsi (non) organisé, le système ne pouvait que s'effondrer et provoquer des dégâts considérables. L'Electric Reliability Council of Texas (ERCOT), chargé de gérer le réseau, essuie de vives critiques pour son impréparation coupable et son incapacité à trouver les 30 à 40.000 MWh qu'il manque encore à l'État.

Sur le plan humain, le désastre est complet: le Texas a dénombré vingt-quatre décès directement dus à cette panne géante, associée à la vague de froid et, dans le pays le plus riche du monde, les appels à la solidarité se multiplient.

L'avarice des opérateurs coûtera également très cher à l'économie de l'État, voire des États-Unis dans leur ensemble. Des élevages luttent pour maintenir leur bétail en vie et des fermes sont en train de perdre l'intégralité de leurs récoltes.

L'industrie des semi-conducteurs est elle aussi touchée, ce qui risque d'amplifier un phénomène mondial de pénurie qui pèse notamment très lourd sur un secteur automobile forcé de mettre des lignes de production à l'arrêt.

L'un des thèmes de la campagne de Joe Biden fut «Build Back Better» –reconstruire, en mieux. Si le slogan visait l'ensemble des infrastructures américaines, la modernisation de la grille énergétique constituait l'une des priorités les plus élevées.

On comprend désormais plus clairement en quoi un délabrement et une dérégulation trop poussée peuvent coûter cher à l'ensemble de l'économie du pays.

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