Donald Trump et Xi Jinping le 9 novembre 2017 lors d'un sommet économique à Pékin. | Nicolas Asfouri / AFP
Donald Trump et Xi Jinping le 9 novembre 2017 lors d'un sommet économique à Pékin. | Nicolas Asfouri / AFP

Contre la Chine, les États-Unis ne peuvent gagner

Dans la guerre commerciale qui oppose les deux pays, le président américain appelle les entreprises de son pays à quitter celui de son concurrent. Plus facile à dire qu'à faire.

La guerre commerciale que livre Donald Trump à la Chine a atteint un pic le 23 aout dernier, lorsque ce dernier a tweeté: «Nos entreprises américaines géniales sont ordonnées par la présente de commencer immédiatement à trouver des alternatives à la Chine.»

Cette demande constitue une ingérence dans la manière dont les entreprises mènent leurs affaires. L'injonction est très surprenante même de la part d'un président américain, de surcroît républicain, un parti traditionnellement très attaché au libre marché et à la liberté d'entreprendre.

Cette formulation très officielle laissait penser que cet ordre sonnait plutôt comme une réelle obligation que comme un nouvel état d'âme du «Tweeter-in-chief». Le flou autour de ce dernier point est entretenu par Trump lui-même, qui assure détenir le pouvoir de mettre cette décision en œuvre, bien que cela soit visiblement plus compliqué que ça.

Quand même les entreprises voudraient obéir à Donald Trump, rompre leurs liens avec la Chine est plus facile à dire qu'à faire. Cela fait des décennies que des centaines d'entreprises américaines installent leurs chaînes de production en République populaire. Les infrastructures nécessaires à la production des quantités manufacturées chaque jour dans l'empire du Milieu n'existent tout simplement nulle part ailleurs.

Le pays le plus peuplé du monde dispose en outre d'une classe moyenne en pleine croissance. Il serait extrêmement difficile de convaincre une entreprise de se passer d'un tel marché en devenir.

À titre d'exemple, le pays revêt une importance cruciale pour le fleuron américain Apple, tant pour ce qui a trait à la production qu'en ce qui concerne la vente de ses produits et services. La totalité des iPhones y sont construits, exceptions faites de ceux qui sont fabriqués dans des petites usines installées en Inde et au Brésil, lesquelles sont régies par des politiques spécifiques. La Chine accueille aussi 47,6% des fournisseurs de la marque à la pomme.

Fuite à marche forcée

D'après une étude du US-China Business Council, la grande majorité des entreprises présentes dans le pays n'envisagent pas encore de le quitter. Seules 13% d'entre elles veulent en sortir ou ont commencé à le faire. Sur ce pourcentage, 3% seulement comptent se réimplanter aux États-Unis.

Cela ne plaît pas du tout au président, qui estime que ses taxes doivent faire revenir des emplois dans le pays qu'il dirige. Les pays qui profitent de ces départs se retrouvent dans son viseur. Le Vietnam par exemple, après que son excédent commercial vis-à-vis du pays de l'Oncle Sam a gonflé, s'est retrouvé sur une liste des pays à surveiller établie par le Trésor américain.

Les bouleversements espérés se font à marche forcée, à coup de taxes sur les importations imposées par le gouvernement américain. Ces frais de douanes supplémentaires devraient très bientôt se matérialiser dans le budget des personnes qui résident outre-Atlantique.

Une taxe à 15% sur l'équivalent de 300 milliards de dollars (près de 273 milliards d'euros) de produits chinois est effective depuis ce lundi 1er septembre, une somme à additionner aux taxes précédentes. Ces impôts cumulés devraient se répercuter directement sur les prix de vente et forcer la main aux entreprises américaines, si leurs marges ne sont plus en situation d'absorber le surcoût.

Jeu dangereux

La Chine n'a pas attendu Donald Trump pour s'éloigner de son rôle d'usine du monde. Depuis quelques années déjà, sous l'impulsion de Xi Jinping, elle ne veut plus se contenter de construire des appareils électroniques. Elle souhaite les concevoir elle-même.

Ce changement de stratégie s'est matérialisé par des investissements massifs dans la recherche et développement afin de développer considérablement l'industrie hi-tech. Les dépenses chinoises dans ce secteur ont outrepassé celles de l'Union européenne en 2014 et grignotent de plus en plus celles des États-Unis.

Ce programme porte un nom: Made In China 2025 ou MIC25. Le plan étatique vise à hisser la Chine au rang de plus grande puissance technologique mondiale d'ici à 2025. À ces fins, le pays prévoit de monter son industrie en gamme et de s'émanciper de la dépendance vis-à-vis de l'Occident –voire de s'y substituer. C'est la raison pour laquelle Huawei, une entreprise de télécommunications, est la bête noire de Trump.

De la 5G aux véhicules électriques, la République populaire de Chine s'est créée une place de choix dans plusieurs domaines clés liés aux technologies du futur. Elle ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. L'intelligence artificielle, dans laquelle elle investit lourdement, fait partie des innovations sur lesquelles elle parie.

Pire encore pour Trump, le pays ne compte pas faire l'erreur que payent aujourd'hui les États-Unis: Il fixe des quotas d'autosuffisance très précis, afin de ne pas dépendre de pays étrangers.

C'est un jeu dangereux auquel joue le président américain. La Chine a besoin des entreprise américaines, qui y délocalisent leurs productions. Le risque tient à ce que l'empire du Milieu accélère encore un peu plus ses progrès, jusqu'à surpasser son concurrent et, à terme, pouvoir s'en passer.

Le risque est d'autant plus grand que la stratégie chinoise porte ses fruits. Axios soulignait récemment que la Silicon Valley, censée être à la pointe, avait de plus en plus tendance à prendre exemple sur des applications chinoise telles que TikTok ou WeChat.

Si le gouvernement des États-Unis compte aller jusqu'au bout de son conflit commercial et jouer la guerre d'usure, il risque de ne plus savoir quelle puissance, in fine, mène réellement la danse.

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