«Leurs voitures ont fière allure sous PowerPoint», cingle un concurrent, selon lequel il n'est pas certain qu'Evergrande Auto soit un jour en capacité de produire ses véhicules. | Hector Retamal / AFP
«Leurs voitures ont fière allure sous PowerPoint», cingle un concurrent, selon lequel il n'est pas certain qu'Evergrande Auto soit un jour en capacité de produire ses véhicules. | Hector Retamal / AFP

Evergrande Auto, le géant chinois à 87 milliards qui n'a jamais vendu une seule voiture

Une aventure électrique folle et qui pourrait très mal finir.

Connaissez-vous Evergrande Auto? Il est probable que non, et pourtant vous devriez. La start-up, qui s'est donnée pour ambition de détrôner Tesla, est l'aventure entrepreneuriale la plus récente –sans doute la plus déraisonnable aussi– du Chinois Xu Jiayin.

Ce dernier n'est pas tout à fait un inconnu: il est le richissime patron de China Evergrande Group, à la fois la plus grande holding immobilière d'un pays où le secteur pèse très lourd, et sa firme la plus dangereusement endettée.

Le Wall Street Journal revient sur la situation du constructeur. Evergrande Auto s'est déjà fait une place de choix sur le marché boursier: valorisée à hauteur de 87 milliards de dollars (71,5 milliards d'euros), elle dépasse amplement certains des plus vénérables géants du secteur, Ford ou General Motors pour ne parler que d'eux.

Que valent les véhicules de cette énorme entreprise, connue sous le nom de Hengchi en Chine? Nul ne le sait. Et pour cause: aucune de ses voitures n'a jusqu'ici été commercialisée et la chaîne de production du néoconstructeur vient à peine de commencer à se mettre en branle.

En avril, et en grande pompe, neuf des modèles de la marque ont été présentés lors du Shanghai Auto Show 2021. Aucun n'était fonctionnel: il ne s'agissait encore que des maquettes de modèles dessinés par des ténors du secteur, notamment Anders Warming, ancien collaborateur de Mini ou BMW.

Si tout semble donc encore pour le moins un peu flou, Xu Jiayin et Evergrande Auto ne voient ni ne font les choses à moitié. Neuf modèles ont été présentés à Shanghai mais ce sont au total quatorze véhicules sur laquelle la firme planche, quand la plupart des autres start-ups du secteur suent sang, eau et milliards de dollars à présenter au monde une première voiture.

«Si nous souhaitons changer de file et doubler les autres, nous allons devoir emprunter une route inhabituelle, une qu'aucun constructeur automobile n'a prise dans l'histoire», expliquait Xu Jiayin lors d'une conférence en 2019. «Leurs voitures ont fière allure sous PowerPoint», cingle quant à lui un concurrent interrogé par le Wall Street Journal, selon lequel il n'est même pas certain qu'Evergrande Auto soit un jour en capacité de produire ses véhicules.

Faire son trou, et sa dette

La «route inhabituelle» dont parlait Xu Jiayin consiste en une stratégie que connaissent bien certaines start-ups milliardaires de la Silicon Valley: avaler avec gloutonnerie et à fonds perdus nombre de concurrents pour en digérer les trouvailles techniques et le savoir-faire.

Spécialistes suédois de l'auto verte ou grands noms des supercars comme Koenigsegg, fleurons britanniques telle Protean Electric, prometteuses pousses chinoises dans le domaine des batteries: elles sont quelques-unes à être passées sous la coupe d'Evergrande Auto. «Ils disposent d'une impressionnante collection d'éléments, mais ça pourrait finir comme Frankenstein», décrit Bill Russo, un consultant basé à Shanghai.

Evergrande Auto n'a pas atteint une telle valorisation boursière sur de simples promesses. Le colosse technologique Tencent Holdings Ltd., le Uber géant local Didi Chuxing Technology Co. ou Jack Ma, via une firme d'investissement nommée Yunfeng Fund, ont notamment mis au pot.

La réussite de ce «all in» très osé sur l'auto électrique est désormais, pour Xu Jiayin et son empire, une question de survie. Fils de bûcheron et ancien ouvrier dans une scierie, le Chinois est à la tête d'un géant de l'immobilier qui emploie 130.000 personnes, mais qui croule sous les dettes.

Ces dernières s'élevaient à 110 millliards de dollars au dernier comptage, et China Evergrande Group court à grand-peine derrière les remboursements. Le gigantisme du trou est tel qu'il a fini par inquiéter les autorités du pays, qui ont demandé aux institutions financières chinoises de serrer la vis et de réduire leur exposition.

Les futurs géants chinois de l'électrique, comme Nio, s'embouteillent sur un marché certes de plus en plus prometteur, mais qui pourrait laisser sur le carreau nombre d'entreprises mal préparées.

De moins en moins laxiste, comme elle l'a récemment montré avec sa sévère mise au pas des géants de la tech et du secteur financier, Pékin semble vouloir remettre un peu d'ordre dans le secteur des autos électriques et éviter surchauffes, folie des grandeurs et faillites retentissantes. Comme celle de Xu Jiayin et de son empire déjà vascillant?

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