Lisa Mandel présidente! | Lisa Mandel
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«Exemplaire», la maison d'édition 
qui veut rendre le pouvoir aux auteurs de BD

Entretien avec Lisa Mandel, autrice de bande dessinée et initiatrice du projet.

Pour commencer, pouvez-vous faire un état des lieux du marché de la BD en France et de la situation des auteurs et autrices de bande dessinée?

Lisa Mandel: Le marché de la BD va très bien, les éditeurs écoulent de plus en plus d'exemplaires. Par contre, il y a beaucoup plus d'auteurs qu'il y a 30 ans. Autrefois, un auteur pouvait vendre 20.000 livres et vivre de ses droits d'auteur (8 à 10% du prix du livre en moyenne, soit 1€20 sur une BD à 15 euros).

Aujourd'hui, un auteur vend cinq fois moins de livres, par conséquent, la moitié des auteurs et autrices gagnent moins que le SMIC. 36% étaient en dessous du seuil de pauvreté en 2016. En plus, ils relèvent du régime des artistes-auteurs (pas de chômage, retraites peu avantageuses...).

Comment ce projet a-t-il émergé?

L'an dernier, j'ai décidé de m'auto-éditer. J'ai gagné plus d'argent mais j'ai aussi eu beaucoup plus de choses à gérer. Une équipe m'a aidée et c'est comme ça que j'ai eu l'idée de créer une structure alternative à l'auto-édition, en mettant les auteurs et autrices au cœur, accompagné·es par des professionnel·les.

J'en ai parlé à une dizaine d'auteurs, avec l'idée de financer des livres par la prévente et le financement participatif. Cela s'adresse à des auteurs et autrices qui ont déjà une certaine notoriété, et on mutualise les tâches «pénibles» pour réduire les coûts.

Normalement un auteur de BD touche 8 à 10% sur les ventes, chez nous il touchera 4 à 5 fois plus (40% en moyenne) et en échange il devra gérer une partie du stock, sa promo, bref des tâches supplémentaires.
Lisa Mandel, autrice et initiatrice du projet

Quelles sont les principales différences entre «Exemplaire» et une maison d'édition classique?

Normalement, un auteur de BD touche 8 à 10% sur les ventes, chez nous il touchera 4 à 5 fois plus (40% en moyenne) et, en échange, il devra gérer une partie du stock, sa promo, bref, des tâches supplémentaires. Mais l'auteur décide ce qu'il veut gérer et ce qu'il veut déléguer, ce qui détermine le pourcentage.

Ainsi, un auteur n'aura pas besoin de vendre beaucoup d'albums pour être rémunéré correctement. Par ailleurs, on fera des cessions de droits extrêmement courtes [et limitées]. Chez les maisons d'édition, l'auteur cède souvent tous ses droits, parfois pour soixante-quinze ans, et n'est plus propriétaire de son œuvre.

Autre innovation, chez nous, tout le monde est rémunéré au pourcentage, en droits d'auteur ou en factures: maquettiste, correcteur, même le comptable... Tout le monde a intérêt à ce que la BD marche bien. Autre avantage de la prévente: on sait combien il faut produire d'exemplaires, alors que les éditeurs sont souvent obligés de détruire des copies.

Où en est votre financement participatif? Comment va être utilisé cet argent?

On a lancé la campagne le 15 novembre à midi et, en trois heures, on a levé 20.000 euros. On est actuellement à 172% (on avait mis un premier palier assez bas) et on essaye désormais d'aller à 200%, soit à 40.000 euros.

L'argent va servir à monter la structure, à payer une avocate pour élaborer les contrats, un expert-comptable pour notre système de gestion plutôt complexe, à développer un site internet avec des outils logiciels pour simplifier les tâches d'auto-édition... Si on dépasse 200%, l'argent sera réparti entre les auteurs de manière équitable.

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