Sous couvert d'améliorer votre connectivité, Facebook livre gratuitement vos données à sa clientèle. | Joël Saget / AFP
Sous couvert d'améliorer votre connectivité, Facebook livre gratuitement vos données à sa clientèle. | Joël Saget / AFP

Facebook donne aux opérateurs téléphoniques de quoi vous discriminer

Les données récoltées sur votre compte et échangées par le réseau social pourraient vous rendre inéligible à une demande de crédit bancaire.

C'est une enquête complexe mais édifiante qu'a publié The Intercept sur la manière vicieuse dont Facebook se sert de vos données personnelles pour flatter les firmes avec lesquelles elle traite, au prix de potentielles discriminations.

  • Facebook se sert de nos données: ok, mais ça, on le savait déjà, non?

The Intercept a étudié de près l'utilisation commerciale de vos données personnelles faite par Facebook. La publication s'est concentrée sur Actionable Insights, un programme d'échange de données annoncé publiquement en 2018 et mis en place en collaboration avec une centaine d'opérateurs téléphoniques et de fabriquants de smartphones dans le monde.

En surface, le programme est une sorte de bonus offert par Facebook à sa clientèle corporate. Les données récoltées ne sont pas vendues, mais offertes. Maline, la nuance: Facebook peut continuer à expliquer qu'elle ne vend pas vos données personnelles, alors qu'elle en fait bel et bien commerce.

Actionable Insights est avant tout supposé servir à améliorer la connectivité des utilisateurs et utilisatrices de Facebook, mais The Intercept a noté que les données partagées par le réseau social vont bien au-delà des questions de qualité de réception ou de réseaux wifi.

  • Du coup, quel est le problème?

Ils sont multiples. Les opérateurs téléphoniques connaissent déjà beaucoup de choses sur vous: qui vous appelez, quand vous appelez, à qui vous envoyez des messages, quels sites que vous visitez, etc. Ils peuvent désormais en savoir beaucoup plus –et sans doute un peu trop.

Selon The Intercept, Actionable Insights récolte et traite huit catégories d'informations sur vos habitudes de connexion, mais aussi sur vos intérêts personnels, vos données démographiques et géographiques, vos trajets et habitudes, ainsi que sur vos affinités et amitiés.

De quoi, pour tout·e data scientist qui se respecte, dessiner un portrait très fidèle de chaque individu concerné, si précis qu'il peut être utilisé à de multiples fins commerciales.

  • Des publicités ciblées, en somme...

Oui, notamment, mais ciblées d'une manière pour le moins douteuse. Un document marketing lié à ces Actionable Insights présente le cas pratique d'un opérateur nord-américain, non nommé, qui a pu cibler ses messages sur une communauté ethnique particulière. Les enjeux de discrimination et de biais potentiels sont innombrables.

Un autre exemple concerne une campagne publicitaire ciblant des individus (de manière inclusive ou exclusive) selon leur credit score, soit leurs capacités bancaires supposées par l'algorithme.

  • Donc mon profil Facebook peut m'empêcher de prendre un crédit?

C'est toute la question qui se pose à l'étude de ces échanges de données entre Facebook et les opérateurs téléphoniques. Malgré les exemples qu'il donne lui-même, le réseau social nie catégoriquement. Reste que les opérateurs proposent parfois des crédits à leur clientèle, comme lors de l'achat d'un smartphone.

Le sujet du credit score, beaucoup plus sensible en Amérique du Nord où la pratique est très développée, est délicat: cette note détermine qui peut accéder ou non à un crédit, donc à une voiture ou à un logement.

The Intercept note qu'il se crée avec ces échanges de données un «marché gris» du score bancaire, au fonctionnement très obscur. Il permettrait à ses acteurs de contourner les lois, notamment celles mises en place pour essayer d'atténuer les biais raciaux et de genre dans l'accès au crédit.

Le site américain avance à ce titre que le programme de Facebook ressemble un peu trop au redlining, une pratique née dans les années 1930 et désormais interdite.

Celle-ci consistait à barrer l'accès au crédit aux populations généralement racisées habitant dans certaines zones géographiques précises, considérées comme à risque. Le nouveau monde ressemble décidément de plus en plus à l'ancien.

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