L'impact des décisions d'investissement de ces sociétés inquiète les observateurs. | Johannes Eisele / AFP
L'impact des décisions d'investissement de ces sociétés inquiète les observateurs. | Johannes Eisele / AFP

Les dix principaux gestionnaires d'actifs alimentent la volatilité des marchés

De BlackRock à Vanguard, les grands investisseurs institutionnels ont le pouvoir de faire trembler la finance.

Les dernières décennies ont vu la montée en puissance des gestionnaires d'actifs dans la finance. Depuis 1980, les dix principaux investisseurs institutionnels ont quadruplé leurs participations sur le marché boursier américain, dont ils gèrent aujourd'hui 26,5% des actifs en actions.

Leur puissance met en péril la stabilité des marchés financiers, avertit un rapport rédigé par quatre professeurs de finance suisse et américains. «La principale menace est que les investisseurs institutionnels, lorsqu'ils subissent des rachats, liquident leurs portefeuilles et déstabilisent les prix des actifs, propageant l'effet aux bilans des autres investisseurs», alertent les auteurs.

Les chercheurs ont constaté que plus les grands gestionnaires d'actifs détiennent une part importante du capital d'une entreprise, plus l'action de celle-ci connaît une forte volatilité. Lors d'un retournement économique, la chute de l'action est en outre bien plus brutale.

Les traders opérant au sein de ces immenses groupes, dont certains comptent plus de 16.000 salarié·es, ont tendance à adopter un comportement moutonnier, notamment en raison de l'importance des fonctions centralisées (recherche, marketing, management du risque…).

«L'impact des décisions d'investissement est ainsi fortement majoré par rapport à un ensemble de plus petits acteurs», précise John Sedunov, coauteur du rapport. Au total, une hausse d'un point par rapport à la moyenne de participation de l'un des dix plus gros établissements est associé à une augmentation de 16% de l'écart-type de volatilité.

«Importance systémique»

Du côté des sociétés visées, on rejette évidemment en bloc ces accusations. «Le volume de transactions imputable à l'activité de gestion de portefeuille des fonds indiciels aux États-Unis est inférieur à 5%», se défend Vanguard dans le Financial Times.

BlackRock, qui gère près de 6.500 milliards de dollars d'actifs, assure de son côté que la croissance des fonds gérés par les grandes institutions contribue positivement à la transparence de l'information et à l'efficacité de la détermination des prix sur les marchés boursiers.

Ces arguments laissent sceptiques la plupart des observateurs. En avril, deux membres démocrates de la Chambre des représentants ont déposé un projet de loi visant à soumettre les acteurs financiers «d'importance systémique» à des règles strictes et à créer un comité pour évaluer le risque qu'ils font peser sur la stabilité du système financier américain.

En attendant, BlackRock s'est mis sous la dent 750 milliards de dollars supplémentaires, dans le cadre de son rôle de gestion du programme d'endettement des entreprises décidé par la FED pour faire face à la crise du Covid-19.

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