«Plop!», entend-on déjà résonner. | Quinten de Graaf via Unsplash
«Plop!», entend-on déjà résonner. | Quinten de Graaf via Unsplash

La bulle des SPAC est-elle sur le point d'éclater?

Ce «chèque en blanc» qui fait fureur à Wall Street n'a d'attrait que pour ses créateurs.

Les marchés sont à la fête en ce moment, et les signes d'exubérance se multiplient. La capitalisation boursière des GAFAM atteint des records, le bitcoin frôle la barre des 50.000 euros et les start-ups du cannabis s'enflamment.

Mais ce sont les SPAC qui, ces derniers temps, attirent toutes les attentions. Les Special Purpose Acquisition Company sont des coquilles vides, sans activité opérationnelle.

Leur objet est de réaliser une ou plusieurs acquisitions, pour ensuite introduire les entreprises ciblées en bourse par un processus de «fusion» avec la société. Cela permet aux entreprises de se coter sur les marchés sans passer par les longues et coûteuses procédures administratives.

Aux États-Unis, qui concentrent la grande majorité de cette activité, 188 SPAC ont été créées au cours des deux premiers mois de 2021, avec un montant levé de 58 milliards de dollars, selon le Financial Times. Sur l'ensemble de l'année 2020, 244 SPAC avaient été créées pour 78 milliards de fonds levés.

Derniers exemples en date: Lucid Motors, présentée comme la future rivale de Tesla, ou Joby Aviation, une société de taxis volants électriques acquise par la SPAC formée par Reid Hoffman et Mark Pincus, les fondateurs de LinkedIn et Zynga.

Bref, comme le résume Peter Atwater, fondateur du cabinet Financial Insyghts: à Wall Street, aujourd'hui, «si t'as pas ta propre SPAC, t'es personne».

Chèques en blanc

En privé, les professionnels de la finance commencent pourtant à s'inquiéter des évaluations extravagantes et des paris complètement hasardeux pris par ces véhicules financiers, parfois considérés comme des «chèques en blanc».

Selon bon nombre de gestionnaires de fonds, certaines SPAC parient sur des sociétés qui, il n'y a pas si longtemps, n'arrivaient pas à lever des fonds même auprès d'investisseurs privés coutumiers des prises de risques.

Étant donné que la SPAC dispose de deux ans maximum pour réaliser sa fusion en bourse, les fondateurs sont souvent tentés de racheter un peu n'importe quoi avec l'argent tombé du ciel.

Michael Klausner, professeur de droit à l'Université Stanford, a étudié les SPAC ayant achevé leur fusion entre janvier 2019 et juin 2020 et constaté que ces dernières avaient perdu 12% de leur valeur dans les six mons suivant l'introduction en bourse, alors que le Nasdaq avait dans le même temps grimpé de 30%.

Il s'agit donc d'une bien mauvaise affaire pour les petits investisseurs y ayant placé leurs pions. Les détenteurs de la SPAC s'en sortent quant à eux à bon compte grâce aux bons de souscription gratuits dont ils bénéficient avant l'introduction en bourse, et qui leur assurent un revenu même en cas de fiasco boursier.

Les petits actionnaires semblent pour l'instant hypnotisés par les gourous des SPAC, qui pullulent sur Twitter. «À un moment donné, ils comprendront que les structures de ces entreprises jouent en leur défaveur. Lorsque cela se produira, la bulle éclatera», prévient Klausner.

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