Le moteur de recherche Qwant, alternative française et européenne à Google –le recueil des données personnelles en moins. | Qwant
Le moteur de recherche Qwant, alternative française et européenne à Google –le recueil des données personnelles en moins. | Qwant

La France et les GAFAM, l'amour vache

Le gouvernement taxe les GAFAM et tape sur les doigts de Google, qui tweete via le compte de l'Élysée: sur quel pied danse la «start-up nation»?

On allait voir ce qu’on allait voir. En novembre dernier, Emmanuel Macron prononçait un discours enflammé lors de la signature par 370 états, entreprises ou acteurs de la société civile, de l’appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace. Rien que ça. «À mes yeux, internet est une évidence menacée dans sa structure même», déclarait ainsi le président français dans une posture très gaullienne 2.0. «Internet pourrait se fracturer en plaques nationales ou continentales. C'est le risque qui est à l'œuvre si nous ne trouvons par les bonnes formes de régulation.»

«Start-up nation» ou «colonie numérique»?

Les hostilités étaient lancées et la France semblait désirer s’emparer de la question de sa cyber-souveraineté. Comme le rapportait le Wired britannique en fin d’année dernière, un rapport de la commission des affaires européennes du Sénat utilisait déjà, en 2012, l’expression «colonie numérique» pour dresser le portrait d’une France déjà gangrenée par la suprématie technologique, logicielle et commerciale de la Chine ou des États-Unis. La «start-up nation» se devait de réagir –et elle commence à le faire.

Premier acte, avec le ministère des Armées. Au mois d'octobre de l’année dernière, la ministre en charge, Florence Parly, annonçait que l’entité allait renoncer à utiliser par défaut le moteur de recherche fourni par Google pour le remplacer par le français Qwant, dont la philosophie est fondée sur la protection des données de navigation et le respect de la vie privée. «Parce qu’il faut montrer l’exemple. Parce que nous partageons des valeurs communes. Parce qu’il ne partage pas nos données. Parce que c’est une entreprise française: Qwant sera le moteur de recherche par défaut sur tous les ordinateurs du ministère des Armées», expliquait ainsi Mme Parly. En dépit d'une implémentation on ne peut plus compliquée au ministère des Armées, l'Assemblée Nationale a suivi le mouvement, tout comme diverses institutions de la région Île-de-France.

Tremble, Google!

Plus récemment, c’est sur le front fiscal que la France a montré ses petits muscles. Sans se laisser démonter par l’échec d’une tentative d’application harmonisée d’une «Taxe GAFAM» à un niveau européen, le ministre Bruno Lemaire a annoncé en décembre que les «géants du numérique» allaient être taxés en France, et ce dès 2019. La mesure, qui impliquera une ponction de 3% sur les revenus publicitaires de Google, Apple, Facebook ou Amazon notamment, devrait rapporter 500 millions d’euros dès la première année selon les calculs, difficilement vérifiables, avancés par Bercy.

En matière de vie privée et de recueil des données personnelles, la Commission nationale informatique et liberté (CNIL) a également tapé du poing sur la table en visant, dans un premier temps, Google. la commission reproche à l'entreprise ne pas avoir respecté les règles strictes du Règlement général sur la protection des données (RGPD). La firme de Menlo Park sera condamnée à payer une amende plutôt salée: 50 millions d’euros.

Une goutte d’eau pour un tel colosse, certes, mais un premier record pour la commission, en attendant peut-être d'autres punitions. Ou d'autres outrages. La responsable financière du groupe, Ruth Porat, a réagi à cette petite tape sur les doigts en expliquant, lors du sommet de Davos, que les données étaient «plus comme la lumière du soleil que comme le pétrôle» –manière de greenwasher l'adage «Data is the new oil» tout en signifiant, de manière peut-être un brin cynique, que cet or noir 2.0 était une matière infiniment renouvelable.

Tremblez, géants du net: fière et indépendante, la France compte bien faire barrage à votre domination totale du réseau mondial. Ou pas. Car dans un équilibre précaire entre désir de régulation et besoin d’attractivité, les plus hautes autorités politiques de la nation semblent avoir entamé une bien étrange valse à deux temps.

En témoigne l'adresse Gmail personnelle qu'utilise apparemment intensément, et de manière assumée, Emmanuel Macron –et qui, affirme le JDD, aurait été découverte parmi les millions de mails compromis par un récent méga-leak. En témoigne également, et peut-être surtout, ce tweet publié tel quel par le compte de l’Élysée dans le cadre de sa campagne #ChooseFrance: après avoir été accordée aux dirigeants d'IBM ou de Novartis, la parole est littéralement offerte au directeur général de Google, qui peut en profiter librement, via ce compte suivi par 2,2 millions de followers, pour diffuser la communication publique de son entreprise.

D'un côté on tape. De l'autre, on carresse: malgré la vigueur de ses start-ups et en dépit de ses discours d'indépendance, la «colonie numérique» ne semble pas tout à fait prête à briser ses chaînes.

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