Le patron de la FTC, Joe Simon, muscle son discours comme l'action de l'agence qu'il dirige. | Mandel Ngan / AFP
Le patron de la FTC, Joe Simon, muscle son discours comme l'action de l'agence qu'il dirige. | Mandel Ngan / AFP

Antitrust: les GAFAM risquent gros

Alors que les appels à briser les monopoles de la tech se multiplient, la FTC souhaite enquêter sur 10 ans d'acquisitions.

Avez-vous déjà jeté un coup œil aux entreprises rachetées par Google? La liste est gigantesque. Elle se compte en centaines de jeunes start-ups créées dans le monde entier. Le géant de Mountain View a les dents longues et l'appétit féroce –et il n'est pas le seul. Alphabet, la maison mère de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft enchaînent également les acquisitions depuis de nombreuses années.

Et si ces GAFAM que l'on connaît bien ne rachetaient pas seulement ces start-ups pour améliorer leur propre service, mais aussi pour tuer dans l’œuf la croissance de probables futurs concurrents? C'est, en substance, l'interrogation de la Commission fédérale du commerce (FTC), l'autorité de la concurrence américaine qui vient d'annoncer le lancement d'une large investigation sur l'intégralité des emplettes effectuées par les GAFAM lors des dix années qui viennent de s'écouler.

Des acquisitions qui tuent

On ne parle pas ici des rachats les plus importants, comme ceux de WhatsApp par Facebook (22 milliards de dollars, soit 17,5 milliards d'euros en 2014) ou LinkedIn par Microsoft (26,2 milliards de dollars en 2016), mais souvent de plus petits achats –les killers acquisitions (acquisitions tueuses), comme les appellent les Américain·es.

Vous souvenez-vous de l'application de partage Picasa ou du service d'e-mail Sparrow? Probablement pas. Google les a englouties pour un montant inconnu et les a simplement digérées et éliminées, tout en continuant d'investir massivement dans Google Photos et Gmail. L'année dernière, le PDG d'Apple, Tim Cook, affirmait à CNBC que sa firme achetait une nouvelle boîte «sur une moyenne de deux à trois semaines». Qu'advient-il de toutes ces jeunes pousses?

C'est précisément ce que la FTC veut comprendre. L'autorité américaine va ainsi enquêter sur les transactions financières évaluées à moins de 90 millions de dollars, que la loi américaine n'oblige pas à être passées en revue par l'antitrust.

«La FTC veut approfondir sa compréhension des acquisitions opérées par les grandes entreprises de la tech […] et notamment si ces dernières opèrent des rachats, qui pourraient être qualifiés d’anticompétitifs, de possibles futurs concurrents», affirme l'institution dans un communiqué.

Les GAFAM devront «remettre toutes les informations expliquant ce qu'il est advenu de la société ou du produit après son rachat, notamment si et comment leurs actifs ont été intégrés». Le but est ainsi de comprendre «comment des petites sociétés évoluent après avoir été acquises par les géants de la tech».

Les patrons de la Silicon Valley devront se plier aux requêtes de la FTC. L'objectif sera aussi de déterminer s'il est nécessaire de mettre en place, sur le long terme, des garde-fous pour éviter que les grosses entreprises de la tech continuent de couper l'herbe sous le pied des plus petites.

Souvent considérée comme trop timide vis-à-vis de la Silicon Valley, la FTC devra aussi prouver sa capacité à agir fermement dans cette enquête, alors que cinquante États américains mènent déjà depuis plusieurs mois une vaste enquête antitrust contre Google.

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