Devant le siège social de Goldman Sachs, à Manhattan. | Spencer Platt / Getty Images North America / AFP
Devant le siège social de Goldman Sachs, à Manhattan. | Spencer Platt / Getty Images North America / AFP

«Perdre mon job m'effraie moins que l'idée que mon corps lâche»

Exténués, de jeunes analystes de Goldman Sachs révèlent des conditions de travail inhumaines.

Le crunch. Recouvrant la réalité de cadences de travail infernales et d'équipes essorées jusqu'au burn out, le terme se rencontre généralement dans le monde du jeu vidéo, lorsque les studios mettent les bouchées doubles, à tout prix, pour boucler en temps et en heure un titre en développement.

Mais s'il est de notoriété publique que Wall Street n'est pas un long fleuve tranquille pour les travailleurs et travailleuses qui y triment comme des abeilles, la révolte qui gronde de manière ostensible chez Goldman Sachs est pour le moins inhabituelle.

Comme le relate notamment le Guardian, un petit groupe d'analystes juniors de la firme a décidé de mener son propre petit sondage en interne, puis d'en révéler les résultats édifiants –un véritable Germinal en col blanc.

Dans leur première année de service pour la banque, ces jeunes recrues souvent très talentueuses, fraîchement émoulues de leurs dispendieuses études, décrivent dans un document rendu public des conditions de travail «inhumaines», des semaines de 100 heures, une privation constante de sommeil et des abus de collègues plus âgés, le tout affectant sérieusement leur santé mentale.

En moyenne, la grosse douzaine de personnes interrogées affirme ainsi travailler 95 heures par semaine et ne pouvoir dormir que 5 heures par nuit. À la question «Vos horaires de travail ont-ils eu un effet négatif sur vos relations familiales ou amicales?», 100% des analystes répondent par l'affirmative. Même carton plein pour les objectifs et deadlines considérées comme intenables.

Mortelle finance

Le document présente également une petite sélection de citations fortes réunies lors de l'enquête. «Je ne dors plus parce que le niveau d'anxiété crève le plafond», dit ainsi l'une des jeunes recrues sondées. «Perdre mon job m'effraie moins que l'idée que mon corps lâche si je continue à vivre comme ça», répond une autre.

«J'ai physiquement mal en permanence, et je me trouve dans un état psychologique très sombre», témoigne une troisième personne. «Ce qui ne me semble pas OK, c'est de travailler 110 ou 120 heures par semaine, confie une quatrième. Le calcul est simple: cela laisse 4 heures par jour pour manger, se laver ou aller aux toilettes. C'est au-delà de “travailler dur”, c'est inhumain et c'est abusif.»

Le sondage fait écho à diverses affaires mortelles ayant jeté, ces dernières années, une lumière crue sur les conditions de travail au sein de ces industrieuses institutions.

En 2013, un stagiaire de la Bank of America Merill Lynch, Moritz Erhardt, était retrouvé sans vie dans sa douche, mort à 21 ans d'une crise d'épilepsie après une session continue de travail de 72 heures. En 2015, un jeune analyste de 22 ans employé par Goldman Sachs, Sarvshreshth Gupta, se suicidait après s'être plaint des cadences infernales que la banque lui imposait.

La mutinerie publique de ces esclaves de la haute finance a semble-t-il eu l'effet escompté, du moins dans l'immédiat. Selon le Guardian, la banque semble vouloir se pencher sur la question et a mis en place diverses mesures pour parer au plus urgent. Avant de mettre à nouveau le problème sous le tapis, une fois la tempête passée?

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