À couteaux tirés. | Marco Bertorello / AFP
À couteaux tirés. | Marco Bertorello / AFP

La guerre du parmesan est lancée entre l'Italie et la Russie

Le fromage est l'instrument d'un chantage visant à faire reconnaître la Crimée comme russe.

C'est non négociable: l'Italie doit reconnaître la Crimée comme territoire russe pour être de nouveau autorisée à exporter du parmesan dans le pays, a déclaré le 28 mars le directeur du syndicat des fromagers russes, Oleg Sirota.

Depuis 2014 et l'annexion de ce petit territoire situé dans la mer Noire, la Russie a interdit l'importation en gros de certains produits alimentaires en représailles aux sanctions imposées par l'Union européenne. L'interdiction frappe durement certains secteurs qui réalisaient une grosse partie de leurs exportations vers la Russie.

C'est notamment le cas du parmesan italien, injustement touché par le boycott, se plaint auprès de Forbes l'ambassadeur d'Italie à Moscou, Pasquale Terracciano.

«Le parmesan a été inclus par erreur dans le paquet de sanctions contre les produits frais car ce n'est pas du fromage frais, il est sans lactose. Nous ne demandons pas la levée totale des contre-sanctions, mais nous aimerions que cette erreur technique soit corrigée. Ce serait un bon geste pour un pays qui est toujours resté amical avec la Russie», argumente l'ambassadeur.

«Sournoiserie»

Pas question, s'est immédiatement emporté Oleg Sirota, par ailleurs farouche partisan de l'embargo alimentaire. Selon lui, autoriser l'importation de parmesan italien constituerait carrément une «faute morale».

«Qu'ils [les Italiens] reconnaissent d'abord la Crimée et lèvent les sanctions contre toutes les entreprises», tance le Russe, qui dénonce une «sournoiserie».

«Les Italiens sont rusés: ils prétendent que le parmesan est sans lactose, mais tout fromage affiné dans une cave depuis plus de six semaines devient presque sans lactose. Cet argument n'est pas du tout valable. En réalité, les Italiens se rendent compte qu'ils vont bientôt perdre le marché russe à jamais et tentent désespérément de trouver un prétexte», raille-t-il sur la station de radio Govorit Moskva.

Le problème, c'est que ce sont plutôt les producteurs russes qui sont aux abois. «Le parmesan est très difficile à fabriquer, reconnaît Oleg Sirota. Nous arrivons à remplacer les fromages à pâte semi-dure mais mal, et pour du parmesan, nous devrons bricoler pendant encore cinq ans. C'est un énorme investissement pour les producteurs.»

Si le parmesan italien venait à être autorisé, cela encouragerait le dumping et ne permettrait pas aux Russes de réaliser ces investissements. Bref, il faut gagner du temps. «Dans cinq à six ans, nous allons non seulement dominer notre marché, mais notre parmesan sera exporté à égalité avec celui des Italiens», proclame le dirigeant, bravache.

En attendant, le statu quo semble être de mise. L'Italie n'a en aucune façon l'intention de se désolidariser des sanctions européennes et le président Vladimir Poutine a décidé, fin 2020, de prolonger l'embargo jusqu'à la fin de 2021. Les fromagers russes peuvent dormir tranquilles.

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