La tomate, un petit fruit aux grandes conséquences. | Tristan Gevaux via Unsplash
La tomate, un petit fruit aux grandes conséquences. | Tristan Gevaux via Unsplash

La guerre de la tomate n'aura pas lieu

Face au Mexique, la stratégie de l'administration Trump autour du précieux fruit pourrait avoir de profondes conséquences politiques.

Plus discrète que celle menée contre la Chine, la lutte autour de la tomate entre les États-Unis et le Mexique n'en est pas moins une guerre commerciale.

Pour celle-ci, loin de l'attitude bravache qu'il adopte face à Xi Jinping, Donald Trump a dû faire marche arrière. En mai 2019, une taxe douanière provisoire de 17,6% était imposée par l'administration américaine aux tomates mexicaines traversant la frontière. Mais après des mois de tractations et malgré les pressions des producteurs américains, un accord a été trouvé en août et devrait, dès septembre, abolir ce prélèvement qui aurait pu porter le droit de douane à 25% de façon permanente.

Géant rouge

Comme le note Bloomberg, les États-Unis font face à un mastodonte du secteur. Le Mexique est le plus grand exportateur de tomates au monde, avec une industrie représentant 1,5 million de travailleurs et travailleuses.

Un accord anti-dumping entre les deux nations était en place depuis 1996, contraignant le Mexique à un prix plancher pour la vente de ses fruits. L'accord en discussion depuis quelques mois fixe un nouveau tarif minimum, plus élevé, et impose que les tomates bio soient vendues 40% plus cher que les tomates non bio.

Surtout, ces tractations ont inclu une condition ayant plus à voir avec la politique intérieure américaine qu'avec le commerce: le Mexique devra renforcer les contrôles à sa frontière pour réduire l'immigration.

Bloomberg explique que le nombre de sans-papiers mexicain·es présent·s sur le sol américain a plutôt baissé ces dix dernières années, notamment parce que les migrant·es ont pu plus aisément trouver un emploi décent dans leur pays d'origine.

Les flux migratoires qui irritent Donald Trump au point de défaire le Pentagone d'une partie de son budget pour construire le mur de ses rêves viennent d'autres pays d'Amérique du Sud ou centrale –le Honduras, le Salvador et le Guatemala notamment.

La peur des migrations

Des taxes douanières importantes imposées sur les tomates mexicaines auraient sans doute eu un effet politique problématique pour le président américain. L'emploi ou les rémunérations auraient chuté du côté mexicain de la frontière, poussant une nouvelle vague de personnes à grimper vers le nord, pour voir si le salaire y est plus vert.

Ce type de crise et de mouvement n'est pas nouveau: il s'est déjà produit lors de la mise en place de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena). C'est alors le marché du maïs qui s'en trouva disrupté, provoquant des ajustements importants côté américain et des migrations massives côté mexicain.

Trump évite ce scénario, mais n'a pas tout gagné pour autant. La Floride, second producteur de tomates aux États-Unis derrière la Californie, premier sur les fruits frais, grince quelque peu des dents. Or, l'histoire l'a déjà montré: elle peut se révéler être un swing state de la plus haute importance stratégique.

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