Tranches de halloumi grillées. | Hmioannou via Wikimedia Commons
Tranches de halloumi grillées. | Hmioannou via Wikimedia Commons

Halloumi, le fromage qui menace de faire capoter le CETA

Chypre se sert de cet emblème de sa gastronomie nationale pour exercer une pression sur la Commission européenne.

Vous n'avez peut-être jamais goûté ni même entendu parler du halloumi. Ce fromage chypriote au lait de chèvre et de brebis est pourtant en train d'ébranler le CETA, l'accord commercial de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada. Signé en octobre 2016, ce dernier est entré en vigueur le 21 septembre 2017, mais fait depuis l'objet de nombreuses critiques.

Le 31 juillet dernier, le Parlement chypriote s'est prononcé contre l'accord, faisant de Chypre le premier pays de l'UE à se retirer officiellement d'un accord signé par l'Europe. Le principal object de son courroux: le halloumi, emblème de la gastronomie nationale, serait menacé par ses pâles copies américaines, danoises, britanniques ou canadiennes.

Tout un fromage

Les Chypriotes réclament depuis des années un label pour leur fromage semblable à celui qui existe pour le champagne ou le jambon de Parme.

Mais pour la Commission Européenne, ce dossier est un moyen de pression pour la réunification de l'île. En 2015, l'ex-président de la Commission Jean-Claude Juncker avait clairement fait passer le message: pas de rapprochement gréco-turc avec des contrôles sanitaires harmonisés, pas de label pour le halloumi. Car s'il existe une chose capable de mettre d'accord les deux communautés séparées depuis 1974, c'est bien leur fromage national.

Ironie du sort, c'est maintenant les Chyriotes qui se servent du halloumi pour exercer une pression sur la Commission. «Nous demandons l'enregistrement du halloumi comme produit d'appellation d'origine protégée (AOP) dès que possible, sans quoi nous ne pourrons soutenir la ratification du CETA», a déclaré un porte-parole du Mouvement pour la démocratie sociale, l'un des partis qui se sont opposés à l'accord.

Chypre a-t-il vraiment les moyens de renverser l'accord? La menace ne fait pour l'instant pas vraiment trembler la Commission, mais les fonctionnaires bruxellois craignent qu'elle ne fasse tache d'huile. En 2016, le refus de la Wallonie avait déjà fait trembler l'Europe, mais un accord avait finalement été trouvé pour signer le traité. Ce dernier est donc entré en vigueur en 2017, uniquement pour la partie relevant de la compétence exclusive de l'UE (soit 90% de l'accord). Le reste est soumis à la ratification des quarante-trois parlements nationaux et régionaux et des vingt-sept États membres.

Le refus de Chypre est loin d'être un cas unique. En France, la ratification a été votée en 2019 à l'Assemblée nationale, mais le dossier traîne (opportunément?) dans les limbes depuis un an en attendant le vote du Sénat. Aux Pays-Bas, le Parlement s'est également prononcé contre et en Italie, le Mouvement 5 étoiles –majoritaire au Parlement– s'oppose ouvertement à la ratification. Pour calmer le jeu et faire rentrer Chypre dans le rang, l'Europe pourrait donc bien être obligée de manger son chapeau et de céder sur le halloumi.

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