Une agence Hertz à New York, le 23 mai 2020. | Cindy Ord / AFP

Une agence Hertz à New York, le 23 mai 2020. | Cindy Ord / AFP

Hertz a un pied dans la tombe, mais ses actions décollent

La passion irrationnelle des investisseurs pour l'entreprise en faillite leur fait risquer gros.

Si le pire reste sûrement à venir, le Covid-19 a déjà commencé à faire du mal à l'économie mondiale. Parmi les faillites les plus marquantes à ce jour figurent JC Penney ou la partie Amérique du Nord de Hertz, la multinationale de location de véhicules.

Logiquement, le cours des actions Hertz devrait être en chute libre puisque l'entreprise devrait bientôt ne plus valoir un centime. Le milliardaire et actionnaire majoritaire de la multinationale Carl Icahn a vendu à perte 55,3 millions d'actions, une opération qui lui a couté 1,6 milliard de dollars. En mars, Hertz s'est écroulée en bourse. Mais, début juin, elle est repartie à la hausse: son action est alors passée de 0,56 dollar le 26 mai à 5,53 dollars le 8 juin, soit quasiment une multiplication par dix.

Devant un tel engouement, Hertz a donc demandé à mettre en vente l'équivalent d'un milliard de dollars d'actions afin de profiter de l'intérêt irrationnel des investisseurs pour son entreprise. Cette décision peut sembler cynique, mais Hertz avertit elle-même que toutes ces actions pourraient rapidement ne rien valoir du tout du fait de la procédure de mise faillite dans laquelle elle est engagée.

Traders amateurs

Mais pourquoi cet intérêt pour une entreprise morte-vivante? Comme korii. le rapportait mi-mai, le confinement a fait exploser le boursicotage amateur, notamment via l'application Robinhood. Ces wannabe traders sont souvent jeunes et arrivent sur le marché sans expérience.

La plupart investissent comme elles ou ils parieraient sur une compétition sportive, une pratique qui peut parfois générer des décisions irrationnelles. D'autant que la grande tendance est de systématiquement parier à la hausse, en partant du principe que les cours finissent toujours par remonter.

Mais ce cas de figure n'est pas systématique. En particulier quand une entreprise a déjà déposé le bilan et qu'elle n'a donc plus assez d'argent pour payer ses dettes. En cas de liquidation, les créanciers récupèrent le peu de valeur qui reste sur sa carcasse, et ne s'arrêtent pas avant d'avoir englouti le dernier centime encore disponible. Après leur passage, les actionnaires n'ont souvent plus que leurs yeux pour pleurer.

Selon Forbes, toutefois, il est difficile de croire que les day traders amateurs sont l'unique raison de cet engouement soudain pour une entreprise qui a déjà un pied dans la tombe.

Le média américain observe que les créanciers de Hertz sont assez dispersés, ce qui les rend moins à même de négocier. De plus, la volatilité du stock et la situation sanitaire risquent de ralentir l'évaluation de l'entreprise, au détriment des créanciers.

Il est donc possible que de gros investisseurs stratégiques se soient mis à amasser des parts afin d'augmenter leur pouvoir de négociation, et ainsi pouvoir faire pression et obtenir une part du gateau plus importante au moment de la liquidation.

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