Un tag Black Wall Street, dans le quartier de Greenwood à Tulsa, le 19 juin 2020. | Seth Herald / AFP

Un tag Black Wall Street, dans le quartier de Greenwood à Tulsa, le 19 juin 2020. | Seth Herald / AFP

L'histoire du «Black Wall Street» et du massacre de Tulsa

Comment une communauté noire est devenue florissante en quelque années, avant d'être détruite par un massacre raciste.

Ce lundi 31 mai, Joe Biden était à Tulsa, dans l'Oklahoma, pour commémorer le centenaire du massacre raciste qui s'est déroulé pendant deux jours dans le quartier noir de Greenwood, le 31 mai 1921.

Ce quartier noir était alors l'un des plus florissants du pays, et disposait de ses propres commerces, banques, églises, cabinets médicaux, bibliothèques, théâtres, postes et écoles. Mais dans une région où les lynchages étaient encore monnaie courante, une rumeur d'agression, puis de lynchage ont conduit le 31 mai 1921 à une fusillade entre Blancs et Noirs.

Une foule blanche en colère a ensuite méthodiquement pillé, détruit et brûlé le quartier prospère de Greenwood, allant jusqu'à le bombarder depuis les airs avec des projectiles incendiaires. Les conséquences furent terribles: il y eut entre trente-huit et 300 morts, des centaines de blessés, au moins 8.000 personnes sans logement. Tulsa est depuis resté comme une trace indélébile dans la conscience américaine.

Selon une commission d'enquête du parlement américain en 2001, le massacre aurait causé au moins 1,5 million de dollars de dommages économiques, soit prêt de 22 millions aujourd'hui (18 millions d'euros). Une somme sans doute largement sous-estimée, du fait du manque de documentation, explique le Wall Street Journal.

Mais comment un tel quartier, surnommé «Black Wall Street», a-t-il pu voir le jour dans l'implacable sud ségrégationniste américain? Après la guerre de Sécession, les États-Unis ont vu fleurir des villes peuplées entièrement d'afro-américains, fuyant le racisme et espérant construire une vie meilleure.

Fondée par O.W. Gurley, un riche propriétaire terrien de l'Arkansas, Greenwood est l'une de ces villes. Gurley, à l'époque l'un des Noirs les plus riches du pays, aurait bâti le premier commerce de la ville, une pension de famille pour Afro-Américains, avant que bien d'autres ne suivent.

Économie autonome

Afin de faire fleurir sa ville, l'entrepreneur s'est employé à prêter de l'argent aux personnes voulant démarrer leur propre entreprise, explique Kristi Williams, vice-présidente de l'African American Affairs Commission de Tulsa.

D'autres entrepreneurs noirs importants ont investi dans le projet de Gurley: J.B. Stradford a par exemple ouvert un hôtel de cinquante-cinq chambres en 1898, tandis qu'A.J. Smitherman a fondé le Tulsa Star, un journal destiné à la communauté noire.

Stradford et Gurley estimaient que les Noirs amélioreraient leur situation économique s'ils mettaient leurs ressources en commun. Comme Greenwood était séparé de Tulsa par de sévères lois de ségrégation, l'économie autonome du quartier était à la fois voulue et contrainte, les Noirs ne pouvant pas ouvrir leurs commerces ailleurs.

Après l'émeute raciste, et parce qu'ils possédaient le terrain, les habitants et habitantes du quartier ont rapidement commencé à reconstruire Greenwood. Seulement, les assurances ont largement refusé de rembourser les pertes des entreprises de Black Wall Street.

La reconstruction a donc bien eu lieu, mais des politiques publiques défavorables, la construction d'une autoroute au-dessus du quartier et les discriminations au logement n'ont jamais permis à Tulsa de retrouver sa grandeur d'antan, en faisant un symbole de l'extrême difficulté pour la communauté afro-américaine de bâtir son propre destin.

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