Des pratiques managériales troubles. | Stefan Wermuth / AFP
Des pratiques managériales troubles. | Stefan Wermuth / AFP

«Management prédateur»: comment Huawei contrôle ses expatriés en Europe

Un climat de peur, de discrimination et d'exploitation, selon une enquête de The Signals Network.

C'est à vingt kilomètres de Strasbourg, dans le Business Parc de Brumath, que le géant chinois des télécoms Huawei ouvrira son usine française géante à l'horizon 2023, avec 500 emplois à la clé.

Les futurs employés feraient peut-être pourtant bien de se méfier. Selon une vaste enquête menée par le consortium d'investigation The Signals Network (qui regroupe entre autres des journalistes du Daily Telegraph, d'El Mundo ou de Republik), il régnerait chez Huawei une culture managériale hautement toxique, enracinée dans un esprit de corps quasi militaire.

En Europe, les postes de direction sont outrageusement dominés par des salariés chinois. «Lorsque vous traversez les couloirs, il est évident que 99,9 % de la direction est chinoise», constate un ex-salarié du siège européen de Düsseldorf, en Allemagne, interrogé par les journalistes.

Ce que conteste le groupe, selon qui, seuls 59% de la direction proviendrait en réalité de salariés déployés depuis la Chine. Quant aux rares managers étrangers, ils sont flanqués d'un «directeur fantôme chinois qui se tient debout derrière lui», illustre cette même source.

Le problème, c'est qu'il existerait une discrimination claire entre chinois et non-chinois. Ces derniers auraient moins accès à l'information et seraient exclus des décisions internes importantes. «Lors des réunions, le personnel de direction passe parfois au chinois à des moments cruciaux», témoigne une autre source.

«Petite ambassade de Chine»

L'une des personnes interrogées compare même le siège européen de Huawei à Düsseldorf à une «petite ambassade de Chine», où les employés chinois ont construit leur propre monde.

Qui n'est pas forcément beaucoup plus rose: selon la syndicaliste Ulrike Saaber, les expatriés chinois connaissent peu les lois du travail allemandes, et sont peu enclins à les revendiquer pour eux-mêmes, ce qui affaiblit de fait les syndicats.

De surcroît, il semble que l'entreprise est déterminée à empêcher les expatriés de s'enraciner en dehors de la Chine. La méfiance commence dès que ces derniers acquièrent une connaissance des langues locales.

«S'il vous plaît, ne dites à personne que j'apprends l'allemand», aurait dit un employé chinois à un ancien collègue. «Si vous épousez une personne locale et obtenez des droits de citoyenneté, cela est considéré comme une trahison», explique un ex-employé londonien.

Les sources interrogées témoignent aussi de discriminations liées à l'âge, de pression sur la vie privée et de harcèlement. Huawei punit régulièrement ses employés chinois pour leurs prétendus échecs, souvent sous les yeux de leurs collègues.

Ils seraient ainsi fréquemment appelés à faire leur autocritique en public. Les employés travaillent souvent bien au-delà des heures légales, en vertu du principe 9-9-6 en vigueur en Chine (présence au bureau de 9 heures à 21 heures, six jours par semaine).

Ce mauvais traitement des troupes n'est cependant pas l'apanage de Huawei. Amazon est aussi connu pour ses pratiques de management délétères, avec flicage permanent des employés, pressurisation intense, brimades, espionnage des syndicalistes et taux élevé d'accidents du travail. Les firmes chinoises n'ont pas le monopole de la toxicité managériale, loin s'en faut.

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