En Indonésie comme en Malaisie, l'exploitation et l'extraction de l'huile de palme sont des tâches éreintantes. | Chaideer Mahyuddin / AFP
En Indonésie comme en Malaisie, l'exploitation et l'extraction de l'huile de palme sont des tâches éreintantes. | Chaideer Mahyuddin / AFP

Les plantations d'huile de palme, un bagne moderne

En Malaisie, la pénurie de main-d'œuvre est telle que les exploitants se tournent vers les détenus et toxicomanes.

En Malaisie, l'industrie de l'huile de palme est en pleine tourmente. L'épidémie de coronavirus associée aux restrictions de déplacements des travailleurs étrangers a entraîné une grave pénurie de main-d'œuvre dans les plantations, à tel point que les entreprises font désormais appel aux prisonniers et toxicomanes en voie de réinsertion, rapporte le South China Morning Post.

«Nous sommes mêmes allés jusqu'à contacter Orang Asli, l'association de prévention de la drogue de Malaisie, ainsi que les autorités pénitentiaires à la recherche de main-d'œuvre locale», avoue l'association malaisienne des producteurs d'huile de palme (MPOA).

«Nos prisons sont surpeuplées et remplies de personnes détenues pour des délit mineurs», justifie à Bloomberg Nageeb Wahab, représentant du MPOA.

Enfer sur Terre

Le travail dans les plantations est réputé salissant, éreintant et dangereux, si bien que rares sont les Malaisiens à accepter d'y travailler, malgré les nombreux avantages offerts par les employeurs (logement, électricité gratuite, droits sociaux…).

En conséquence de quoi 85% des ouvriers sont habituellement des migrants d'Indonésie et du Bangladesh. Cette année, les restrictions de voyage et de circulation les ont empêché de venir prête main forte. Trente-sept mille travailleurs manquent aujourd'hui à l'appel en Malaisie, soit près de 10% de la main-d'œuvre totale.

Alors que nous sommes actuellement en pleine saison, les exploitants craignent que cette pénurie ne retarde la récolte des fruits périssables, aboutissant à une perte irrémédiable de production. Le MPOA estime que l'industrie a perdu jusqu'à 30% de son rendement potentiel en raison du manque de main-d'œuvre, et que la production d'huile de palme brute du pays sera bien inférieure aux 19,9 millions de tonnes de l'année dernière.

Chez Sim Darby, le plus gros producteur mondial d'huile de palme, il manque 2.000 travailleurs pour ramasser les fruits et à peine 300 Malaisiens ont pu être embauchés. La perte de production s'élève entre 2.000 et 3.000 tonnes par jour, selon le directeur du management Mohamad Helmy Othman Basha.

Tout cela devrait en revanche profiter au voisin indonésien, premier producteur mondial, qui ne rencontre pas les mêmes problèmes de recrutement.

Mais la situation risque surtout de faire grimper les prix. Depuis le 1er juillet, le cours de la tonne d'huile de palme est passé de 587 à 722 ringgit, soit de 119 à 147 euros au 9 septembre, selon Thomson Reuters.

En Asie, l'huile de palme est une denrée de base dans la nourriture, et d'autres matières premières alimentaires sont elles aussi en hausse, comme le blé, le soja ou le sucre. De qui faire ressurgir les risques de famine, régulièrement évoqués par la FAO. Pour son impact écologique et social, le produit est également très controversé en France.

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