Cyrus Poonawalla prêtant de sa personne, en 2010. | Raveendran / AFP
Cyrus Poonawalla prêtant de sa personne, en 2010. | Raveendran / AFP

D'éleveur de chevaux à géant du vaccin, le fabuleux destin d'un milliardaire indien

Cyrus Poonawalla est un magnat de la santé mondiale.

Vous n'en avez sans doute jamais entendu parler. Le Serum Institute of India, à Pune, est pourtant le premier fabricant mondial de vaccins. Plus de 1,5 milliard de doses sortent chaque année de ses lignes de production et l'entreprise fait aujourd'hui partie des laboratoires en lice dans la course au vaccin contre le SARS-CoV-2.

Mais contrairement aux grands laboratoires pharmaceutiques détenus par des capitaux extérieurs, le Serum Institute appartient à une (très) riche famille indienne, dont la fortune est estimée à environ 10 milliards d'euros par le classement Forbes. À la tête de la firme, deux hommes: Adar Poonawalla et son père, Cyrus Poonawalla, qui a fondé l'entreprise en 1966.

Rien ne prédestinait pourtant cet homme d'affaires à devenir le champion mondial du vaccin. Cyrus Poonawalla, 79 ans, est le fils d'un éleveur de chevaux. Après s'être essayé à la conception de voitures de sport, il retourne à ses premières amours lorsqu'il s'aperçoit que l'on peut utiliser le sérum de cheval purifié pour administrer des anticorps contre certaines maladies.

Avec son frère, il rassemble un peu plus de 10.000 euros en vendant des chevaux de course du haras familial, puis lance son entreprise. Près de trente ans plus tard, en 1994, le Serum Institute est officiellement mandaté par l'Unicef et les Nations unies pour fournir des vaccins aux enfants dans les pays pauvres.

Philanthrope et frimeur

Poonawalla, qui cite volontiers Bill Gates comme son mentor, a d'ailleurs largement bénéficié du soutien financier du milliardaire à travers Gavi, le programme de vaccination de la fondation Gates. Quatre vaccins sur dix distribués par Gavi sortent ainsi du Serum Institute.

Derrière sa philanthropie revendiquée, Cyrus Poonawalla n'hésite pas à assumer sa richesse. Sur son site internet, on le voit poser devant sa collection de limousines et de Cadillac, fumant de gros cigares et sortant de son jet privé. Son fils Adar, marié à une star de Bollywood réputée pour son train de vie somptueux, fait le bonheur des tabloïds indiens.

Le Serum Institute n'a jamais non plus créé un quelconque vaccin. Son modèle commercial consiste uniquement à produire à bas coût et en très grande quantité des produits inventés par les autres laboratoires.

Le vaccin contre le Covid-19 sur lequel il planche est ainsi le fruit d'un partenariat avec AstraZeneca, groupe pharmaceutique sélectionné par de nombreux États (dont la France) pour fournir le futur vaccin.

Aujourd'hui, Adar Poonawalla considère le virus comme une opportunité de pénétrer le marché occidental –jusqu'ici chasse gardée des grands laboratoires– et de faire sauter par la même occasion le système complexe des brevets, qui entrave selon lui l'accès des plus pauvres aux traitements. Vous ne le savez pas encore, mais votre vaccin viendra peut-être de Pune.

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