Vue de la colonie israélienne de Kfar Adumim, entre Jéricho et Jérusalem. | Gali Tibbon / AFP
Vue de la colonie israélienne de Kfar Adumim, entre Jéricho et Jérusalem. | Gali Tibbon / AFP

En Israël, la colonisation est aussi une affaire immobilière

Une annexion rendrait les implantations illégales bien plus attractives.

La colonie de Ma'ale Efraim, située dans l'aride vallée du Jourdain en Cisjordanie, se trouve à plus d'une heure de Tel-Aviv, moteur économique d'Israël. Mais en quelques années, les prix de l'immobilier y ont augmenté de 33%. «Il est certain que dès que l'on a commencé à parler d'annexion, cela a accru la demande», indique à Bloomberg Shlomo Mizrahi, qui gère une agence immobilière.

Les colonies sont des agglomérations construites illégalement par Israël dans les territoires palestiniens, que l'État juif occupe militairement depuis la guerre des Six-Jours en 1967 (à l'exception de Gaza, évacuée en 2005).

Selon le droit international, la Cisjordanie fait partie des territoires palestiniens, aux côtés de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza. Quelque 400.000 Israélien·nes y vivent pourtant illégalement.

Avec l'échec du processus de paix, Israël envisage depuis plusieurs années d'annexer formellement les zones de la Cisjordanie où se trouvent l'essentiel des colonies. Les choses se sont récemment accélérées: 30% du territoire pourrait être concerné dès juillet, ce qui fait flamber l'immobilier.

En cas d'annexion, les règles spécifiques aux territoires occupés céderaient la place aux lois israéliennes et les infrastructures devraient être améliorées, notamment les voies de circulation vers le reste d'Israël.

«La valeur des logements augmenterait considérablement. Nous pourrions les gérer comme des biens immobiliers dans le reste d'Israël», avance Maayan Bachar, avocat du promoteur Gavish Shaham Group.

«C'est devenu comme une banlieue»

«À Leshem, une colonie à l'est de Tel-Aviv, une villa de 130 mètres carrés qui se vendait 960.000 shekels [249.000 euros] il y a dix ans coûte maintenant 2,5 millions de shekels [648.000 euros]», rapporte Bloomberg.

Le promoteur Harey Zahav Ltd. y a vendu environ 650 logements; il n'en reste que trente disponibles. «C'est devenu comme une banlieue [...] pour les familles religieuses bourgeoises et sionistes qui ont réussi», décrit Zeev Epshtein, le propriétaire de l'entreprise.

Aux yeux de la clientèle, acheter un logement dans une colonie impliquait jusqu'ici de s'exposer à des problèmes de sécurité dans un territoire contrôlé par l'armée, avec le risque que celui-ci soit un jour restitué aux Palestinien·nes. L'annexion lèverait en théorie ces «barrières psychologiques» et stimulerait ainsi la demande.

«La première chose que les gens recherchent dans l'immobilier, c'est la sécurité. La Judée-Samarie [nom biblique de la Cisjordanie utilisé en Israël, ndlr] a toujours été accompagnée d'un point d'interrogation, ce qui n'est pas bon pour l'immobilier. Désormais, c'est un point d'exclamation», analyse le courtier Daniel Wach. Selon lui, les prix pourraient augmenter d'au moins 20% en deux ans.

En revanche, pour la population palestinienne de Cisjordanie (2,6 millions de personnes), soumise à un régime d'exception et souvent privée de ses terres, l'annexion éloigne encore davantage la perspective d'un État palestinien indépendant –ou, à défaut, celle d'une égalité de droits avec les Israélien·nes.

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