Un champ pour le futur. | Richard T via Unsplash
Un champ pour le futur. | Richard T via Unsplash

Impitoyable avec le cannabis, le Japon l'investit pour financer ses retraites

La magie contradictoire des fonds de pension.

Le Japon est l'un des pays les plus impitoyables au monde envers la consommation de cannabis. La possession de majiruana y est passible de cinq ans d'emprisonnement et jusqu'à dix ans pour les cultivateurs.

Une nouvelle loi est même en discussion pour criminaliser un hypothétique test sanguin positif au cannabis. Sans compter la stigmatisation sociale, les consommateurs étant souvent exclus de leur emploi ou des universités.

Cette extrême sévérité ne semble pourtant pas poser de problème au fonds de pension gouvernemental (GPIF), qui a investi pas moins de 80 millions de dollars (67 millions d'euros) dans au moins trois entreprises spécialisées dans le cannabis, rapporte Bloomberg.

Le GPIF, qui constitue le plus gros fonds de pension au monde avec 1.287 milliards d'euros d'actifs sous gestion, fait ainsi partie des douze principaux actionnaires de Canopy Growth, une entreprise canadienne spécialisée dans les produits à base de cannabis.

Il détient aussi 14,3 millions d'euros dans Cronos Group et 5,9 millions d'euros dans Aurora Cannabis, qui commercialise du cannabis à usage médical et récréatif.

«Une véritable schizophrénie, s'énerve Michiko Kameishi, une avocate qui a défendu des dizaines de consommateurs devant les tribunaux. Les gens voient leur vie ruinée pour moins que ça.» Interrogée par Bloomberg, la représentante du GPIF se justifie en expliquant que ces investissements ne représentent que 0,005% des avoirs du fonds et que les acquisitions se font «uniquement dans l'intérêt des ses membres».

Contradictions

De nombreux fonds de pensions publics sont englués dans cette contradiction: d'un côté, assurer un profit maximum pour leurs actionnaires, de l'autre, répondre à des attentes éthiques de plus en plus pressantes.

Les fonds souverains au Moyen-Orient s'interdisent par exemple les activités de jeux de hasard, de vente d'alcool ou de porc, mais détiennent des actions dans des entreprises qui violeraient les lois de l'islam au sens strict du terme.

Le fonds souverain saoudien (PIF), s'est ainsi emparé en 2020 de 5,7% du capital du groupe américain Live Nation, premier organisateur de concerts au monde.

Le fonds souverain norvégien, qui s'est constitué sur la manne pétrolière du pays, s'est lui récemment engagé dans une course à l'éthique, s'interdisant d'investir dans le secteur du tabac, certains groupes d'armement (mines antipersonnel…) et a cédé 20% de son portefeuille boursier pétrolier en 2019.

Mais il est difficile de se passer totalement d'activités en contradiction avec les valeurs d'une société, reconnaît Meeta Kothare, de la McCombs School of Business à Austin. «La plupart des fonds de pension détiennent des actions dans des fonds indiciels, qui investissent dans des dizaines, voire des centaines de sociétés pouvant être impliquées dans une multitude d'activités», explique-t-elle.

Surtout, il faut bien garantir les retraites de pays dont la population âgée ne cesse de croître. Quitte à adopter des stratégies risquées et à fermer les yeux sur un petit joint.

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