Dans le quartier d'Akihabara, à Tokyo. | Behrouz Mehri / AFP
Dans le quartier d'Akihabara, à Tokyo. | Behrouz Mehri / AFP

Derrière vos animes préférés, des petites mains se tuent pour une misère

Un «travail-passion» parfois rémunéré moins de 200 euros par mois, malgré l'élan du secteur.

Quiconque est abonné à Netflix ou Amazon Prime Video n'aura pas manqué de noter à quel point les animes asiatiques sont devenus d'importants produits d'appel pour un public de plus en plus large.

Ce n'est d'ailleurs ni par hasard ni par passion que Sony, en décembre 2020 et après une longue série d'acquisitions de premier ordre dans le domaine, a signé un chèque d'un milliard d'euros pour s'offrir Crunchyroll, une plateforme de streaming d'anime populaire aux États-Unis.

Car le marché global de l'animation, estimé à près de 20 milliards d'euros en 2019, constitue pour ces grands acteurs de l'entertainment mondial une très productive vache à lait. Pour celles et ceux qui les font, en revanche, les réalités sont beaucoup moins clinquantes, à l'instar de ce qui se passe dans une partie de l'industrie du jeu vidéo.

Un article du New York Times relate ainsi les conditions salariales des petites mains qui, inlassables, animent nos programmes préférés. Elles sont pour le moins surprenantes: selon le quotidien new-yorkais, certaines d'entre elles, malgré une charge de travail parfois inhumaine, ne gagnent que 200 petits dollars par mois, soit à peine 160 euros.

Pas de quoi vivre dignement, encore moins de quoi fonder une famille ou envisager une carrière: beaucoup décident donc de tout plaquer. En toute logique, la demande croissante de contenus, donc les besoins en animateurs qualifiés, devraient tirer les rémunérations vers le haut.

Mais les mécanismes aliénants du «travail-passion» grippent les règles économiques habituelles. Le Japon est plein de personnes éprises par leur métier et prêtes à tout sacrifier pour mettre la main à la pâte, quitte à vivre dans la misère et à tolérer jusqu'à la rupture des cadences souvent infernales: inutile dans ces conditions de faire grimper les salaires.

Les nobles et la plèbe

Le New York Times note également que les conditions sont quelque peu différentes selon la position de l'animateur ou de l'animatrice dans la chaîne de production. Certaines stars, bien sûr, s'en tirent mieux que la masse.

Cette dernière est scindée en deux groupes. D'un côté, les «genga-men», qui dessinent les images-clés à partir desquelles sont ensuite réalisées les animations. Si leur revenu annuel médian a progressé ces dernières années, il reste loin d'atteindre des sommets.

Selon un syndicat local, il est ainsi passé de 23.000 euros en 2015 à 29.500 euros en 2019: la hausse est appréciable, mais on reste très loin des revenus américains, qui sont en moyenne de 60.000 euros annuels.

Aux côtés de cette semi-noblesse de l'animation japonaise vivotent les véritables petites mains, qui remplissent les animations, image par image, à partir des cadres dessinés par les «genga-men».

Nommés «douga-men», corvéables à merci, ils ne touchent que 10.000 euros par an en moyenne –un chiffre sous-évalué car ils ne prennent pas en compte les salaires les moins élevés, explique le syndicat du cru.

Cette absence de corrélation entre l'explosion du nombre d'animes et les salaires de ceux qui les font n'est pas seulement dûe à la pingrerie des studios. Le New York Times explique que la structure même de l'industrie japonaise de l'animation fait que les studios ne tirent que des profits minimaux de leur travail.

La majeure partie des revenus sont accaparés par des «comités de production» dans lesquels siègent des fabriquants de jouets ou éditeurs de mangas, qui financent les projets et en récupèrent les royalties.

Pour les studios, le système constitue une protection contre un éventuel flop, mais les tient éloigné du jackpot en cas de carton commercial. Dans les deux cas, les animateurs s'usent à la tâche pour des salaires misérables.

Le New York Times cite l'exemple de Ryosuke Hirakimoto, qui n'a jamais réussi à gagner plus de 31 euros par jour de labeur, et qui a fini par abandonner son rêve pour devenir infirmier à la naissance de son premier enfant.

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