Jeff Bezos pose devant une fusée Blue Origin en 2015. | AFP PHOTO / Blue Origin

Jeff Bezos pose devant une fusée Blue Origin en 2015. | AFP PHOTO / Blue Origin

Jeff Bezos, ou la conquête spatiale terre à terre

Lors d’une courte conférence, le PDG d’Amazon a détaillé les projets de son entreprise d’aérospatiale, Blue Origin.

Elon Musk n’est pas le seul milliardaire à avoir la tête dans les étoiles. Plus discret dans les médias et, jusque récemment, moins sulfureux, Jeff Bezos, le PDG d’Amazon a lui aussi lancé une société d’aérospatiale. Au début des années 2000, il a créé Blue Origin en espérant pouvoir un jour envoyer des touristes dans l’espace.

La semaine dernière, le roi du e-commerce a tenu une courte conférence d’une demi-heure durant un événement privé organisé à New York par le Wings Club, un groupe de professionnels de l’aviation. Conférence durant laquelle il a détaillé ses ambitions pour Blue Origin et sa stratégie de conquête de l’espace.

L’approche de Bezos se veut à l’opposé de celle d’Elon Musk. Le patron de Tesla compte frapper fort mais surtout, frapper vite. Il veut que SpaceX soit en mesure d’envoyer une centaine d’astronautes sur Mars dès 2022, lancer une navette de tourisme autour de la Lune en 2023 puis construire une ville et «éventuellement une civilisation auto-suffisante» sur la planète rouge.

Celui d'Amazon privilégie une stratégie plus terre à terre, basée sur des projets moins démesurés. Il explique que si une vision à long terme est importante, elle ne «mérite pas une attention de tous les instants», et qu’il vaut mieux se concentrer sur «ce qu’il se passe maintenant, cette année, peut-être dans les deux ou trois prochaines».

Il estime pouvoir effectuer un vol touristique spatial dès cette année, mais pas de tour de la Lune au programme. Les vols devraient atteindre 106 kilomètres d’altitude, soit six petits kilomètres au-dessus de la ligne de Kármán, la limite entre l’atmosphère terrestre et l’espace.

Le cosmos, un marché comme les autres

À plus long terme, Bezos voudrait que l’espace devienne un marché qu’il pourra exploiter. Il faudrait selon lui que l’espace soit rendu accessible à tous les entrepreneurs, et par conséquent multiplier les tirs de fusées afin de perfectionner un «véhicule de lancement low-cost, facile d’utilisation et réutilisable […] C’est une étape très coûteuse. Voilà pourquoi Blue Origin se concentre là-dessus».

Cette logique est un pur produit de la philosophie Silicon Valley. Il cite d'ailleurs Mark Zuckerberg en exemple: «Voilà un type qui a démarré dans sa chambre une entreprise qui vaut un demi-trilliard. […] On ne peut pas avoir de Mark Zuckerberg de l’espace aujourd’hui. C’est impossible. Deux gamins dans une chambre d'étudiant ne peuvent pas commencer quoi que ce soit pour l’espace».

C’est finalement la philosophie de la pieuvre Amazon qui est à l’œuvre. Ce que Bezos a réussi à faire pour le commerce en ligne, il veut le reproduire dans l’espace. S’emparer d’un marché et s’y imposer comme l’infrastructure incontournable. L'idée étant qu'un jour, les deux gamins dans leur chambre d'étudiant utiliseront des lanceurs Blue Origin.

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