Entre la cyber-enclume et le cyber-marteau. | CD Projekt
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Entre gamers fanatiques et stratégie bancale, le désastre «Cyberpunk 2077» était inévitable

Tout annonçait une catastrophe.

La sortie du jeu le plus attendu de l'année –sinon de la décennie– est un désastre. Il est rapidement apparu évident que Cyberpunk 2077, dont les concepteurs avaient répété comme un mantra qu'il sortirait «quand il sera prêt», était loin de l'être et aurait pu faire bon usage de quelques mois supplémentaires de développement.

Crashs, bugs à répétition, qualité graphique médiocre sur PS4 et Xbox One, le jeu de CD Projekt Red (CDPR) laisse techniquement à désirer. À tel point que le studio polonais a offert ses excuses et des remboursements.

La chute est d'autant plus brutale que l'anticipation crevait le plafond. Sur Reddit, réseau social de prédilection des communautés de fans, le groupe consacré à Cyberpunk 2077 a atteint les 500.000 membres avant même la parution du jeu –une première.

Pendant des années, les gamers ont voué un culte à ce jeu auquel nul n'avait joué, mais que beaucoup avaient déjà acheté via le système des précommandes. Dans une tribune, Kotaku a comparé ce phénomène d'achat (très) anticipé à «un lavage de cerveau volontaire», un investissement monétaire et émotionnel totalement irrationnel.

Cet engagement total de la communauté avait fait des étincelles lors des deux derniers reports de la sortie du jeu, quand certains fans impatients sont allés jusqu'à se montrer menaçants.

Aujourd'hui, sur Reddit, l'ambiance a bien changé: l'ancien temple dédié au culte Cyberpunk 2077 liste les promesses non tenues, et les vannes de la colère y sont ouvertes en grand.

Stratégie bancale

Il est pourtant difficile de mettre la sortie chaotique de Cyberpunk 2077 sur le dos des joueurs. CDPR espace la parution de chacun de ses jeux de plusieurs années.

Concevoir un succès monstre, acclamé par la critique comme par le public comme le fut The Witcher 3 (2015), prend du temps. Mais lorsqu'il est gage de qualité, ce développement long peut payer: une telle réussite commerciale permet de financer la production du titre suivant.

La limite est cependant évidente: si un jeu fait un flop, l'entreprise se retrouve sans solution de rebond. De plus, CDPR est une entreprise cotée en bourse, et les investisseurs réclament des résultats rapides.

Dans le cas de Cyberpunk 2077, la pression du temps a fini par prendre le dessus. Les développeurs ont donc dû «cruncher» pendant des mois. Dans le même temps, le studio démultipliait l'excitation des fans avec une campagne de communication des plus alléchantes. Quitte à maquiller les promesses faites au grand public en lui dissimulant les calamiteuses versions PS4 et Xbox One –seule la version PC, pour l'instant, semble sauver quelques meubles.

Ce battage fut des plus efficaces: les millions de précommandes ont d'ores et déjà remboursé l'intégralité des coûts de production du jeu, ainsi que les dépenses en marketing.

De ce côté, les actionnaires et patrons du studio ont réussi leur coup. Mais très vite après les premiers tests et retours des gamers, les actions de l'entreprise échangées à la bourse de Varsovie se sont effondrées.

Cette dégringolade ne reflète pas le succès du jeu à son lancement, mais ses perspectives d'avenir. Car le soufflé retombé, les ventes de Noël risquent d'être plus basses que prévu, et le mode multijoueur (souvent très lucratif) précédemment annoncé devra probablement attendre que des correctifs stabilisent le jeu.

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