Un nid de trottinettes à San Jose en Californie | Grendelkhan via Wikimedia Commons
Un nid de trottinettes à San Jose en Californie | Grendelkhan via Wikimedia Commons

L'inquiétante fragilité des trottinettes électriques

La vulnérabilité des flottes d'engins électriques et l'apparition de nouvelles régulations refroidissent les investisseurs.

L'année 2018 aura sans nul doute été l’année de la trottinette. Un peu partout dans le monde, ces engins électriques à deux roues, déblocables applis à l'appui, ont poussé comme des champignons sur les trottoirs des grandes villes –rien qu’à Paris, six services sont en concurrence.

Les «venture capitalists», notamment ceux qui étaient passés au meilleur moment à côté d'Uber comme Sequoia, ont vu dans ce concept leur nouvel eldorado. À tel point que, grâce aux investisseurs en capital-risque, deux entreprises, Bird et Lime, sont entrées dans le cercle des «licornes» –une appellation réservée, dans le jargon de la Silicon Valley, aux start-ups valorisées à plus d’un milliard de dollars (875 millions d'euros).

Fragiles petites choses

Mais cette envolée semble de courte durée. Les investisseurs sont notamment très inquiets du turnover ahurissant des flottes de trottinettes. Car ces engins sont fragiles et en libre-service, donc à la merci du premier vandale venu (et peuvent même servir –spécialité toute parisienne–, à monter des barricade). Selon une source du média The Drive, «les pertes dues aux dommages, aux vols et au vandalisme ont été sérieusement sous-estimées» par Bird. Une autre va jusqu'à affirmer que la durée de vie d’une trottinette serait de seulement trente jours en moyenne.

Or, dans un document envoyé aux investisseurs en octobre 2018, Bird estimait qu’en «réduisant la fraude, en restructurant le programme mécanique et en récupérant les crédits chargés par carte banquaire», elle augmenterait sa marge de 33%. Mais, même en prenant cette augmentation en compte, il faudrait environ trois mois d’utilisation pour qu'un véhicule passe le seuil de rentabilité. Soit trois fois la durée pendant laquelle il est en service.

Les dégradations et les vols semblent rendre les start-ups assez nerveuses. Bird a ainsi récemment tenté de forcer le site Boingboing à supprimer un article qui démontrait à quel point il est facile de hacker et voler ses trottinettes, avant de renoncer et de se confondre en excuses.

Dans leur frénésie d'expansion, ces services se sont implantés un peu partout, sans se poser de questions. Mais les villes dont l'espace public a été envahi à grande vitesse par les flottes de trottinettes commencent à s’adapter à la popularisation de ce moyen de locomotion et à établir des régulations, qui peuvent aller, comme en France, de la condition de ne pas rouler sur les trottoirs jusqu’à l’interdiction pure et simple. Les conditions de travail pour le moins contestables des «juicers», ces hommes et femmes qui regroupent et rechargent les trottinettes, généralement la nuit et à vil prix, ont également marqué quelques esprits.

En ce début d’année 2019, Bird et Lime ont continué de lever des centaines de millions de dollars, mais bien en dessous de leurs prévisions. Les deux start-up sont donc désormais valorisées à deux milliards chacune, bien loin des trois milliards qu’elles avaient en tête il y a tout juste quelques mois. Des capitalisations encore gargantuesques, mais des capitalisations peut-être plus fragiles qu'il n'y paraît.

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