Un fermier malgache inspecte ses plants de vanille à Ambohimalaza, dans la région de la Sava, en 2016. | Rijasolo / AFP

Un fermier malgache inspecte ses plants de vanille à Ambohimalaza, dans la région de la Sava, en 2016. | Rijasolo / AFP

Pour Madagascar, la vanille est un cadeau empoisonné

L'explosion des prix a très vite enrichi le nord-ouest de l'île, désormais exposée à l'éclatement de la bulle.

Yaourts, glaces, pâtisseries, la vanille est l'une des saveurs préférées des Français·es. Seulement, le prix de l'épice a été multiplié par dix en quelques années. Le premier producteur de vanille au monde est, de très loin, Madagascar: ce pays parmi les plus pauvres du monde récolte près de 80% de la production globale.

L'île a récemment été victime de plusieurs catastrophes climatiques, cyclones et sécheresse, qui ont contribué à l'envol des prix. À environ 600 euros le kilo, la vanille est désormais la seconde épice la plus chère du monde, derrière le safran.

En se tournant vers des produits plus naturels, les multinationales de l'agroalimentaire tirent également les prix vers le haut. En 2015 par exemple, le numéro 1 mondial de l'alimentation, Nestlé, a annoncé qu'il éliminerait les arômes artificiels de ses barres chocolatées vendues aux États-Unis.

Une journaliste de The Economist s'est rendue dans la Sava, une région au nord-est de Madagascar où se concentre une grande part de la production, afin de constater les effets de cette hausse brutale des prix.

Être agriculteur ou courtier en vanille y est devenu une manière de s'enrichir très rapidement. Des pick-up neufs sillonnent les rues de la région, où nombre d'habitant·es n'ont toujours pas accès à l'eau courante.

Produit peu taxé

Les taxes sur les exportations de vanille sont prélevées en fonction de la quantité plutôt que de la valeur, et peu de municipalités assujettissent le produit. Les caisses publiques ne profitent pas vraiment du boom de l'épice, qui bénéficie donc peu aux infrastructures d'une région qui en a pourtant cruellement besoin.

Si la bulle venait à éclater, l'économie bâtie autour de la vanille s'écroulerait. Depuis quelques années, les consommateurs et consommatrices prêtent davantage attention à ce qui compose leur assiette. Si la demande de produits naturels est en hausse, des prix trop prohibitifs pourraient néanmoins les encourager à se tourner vers la vanilline, un arôme artificiel moins qualitatif mais bien meilleur marché.

Forcément, la flambée des prix attire aussi les convoitises. Les vols se multiplient, entraînant une baisse de la qualité des produits exportés: pour éviter de se faire dérober leur récolte, les cultivateurs ont tendance à récupérer et sécuriser leur production plus tôt, alors que les gousses ne sont pas encore tout à fait mûres.

Avec l'explosion des tarifs, la vanille sert en outre de couverture aux trafiquants de bois de rose. Coupé illégalement, le bois précieux est étiqueté en tant que vanille de très bonne qualité puis envoyé en Chine, où il est revendu à prix d'or.

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