Jeff Bezos (et son très long cou) présentant le Kindle 2 à la presse, en 2009. | Emmanuel Dunand / AFP
Jeff Bezos (et son très long cou) présentant le Kindle 2 à la presse, en 2009. | Emmanuel Dunand / AFP

Les petits secrets de Jeff Bezos, ex-patron d'Amazon

«Règle des deux pizzas», chaise vide ou sommeil sacralisé ont bâti un empire.

En 1994, dans un garage de Bellevue, dans l'État de Washington, un parfait inconnu créait une petite librairie en ligne, Amazon, qui allait changer le monde. Vingt-six ans plus tard, la petite entreprise a présenté le 2 février 2020 un chiffre d'affaires de 125 milliards de dollars pour le seul troisième trimestre, en hausse de 44%.

Et ce parfait inconnu, nommé Jeff Bezos, a annoncé qu'il laissait les rênes de la firme à son fidèle lieutenant, Andy Jassy, pour s'adonner à d'autres activités, notamment sa firme spatiale Blue Origin.

Comment diable Jeff Bezos a-t-il réussi ce tour de force? Avec de la chance, peut-être, porté par les précieux conseils de son ex-femme MacKenzie Bezos, c'est indéniable, grâce à un timing historique parfait, sans doute, au prix d'une gestion impitoyable de ses troupes et de ses partenaires ou concurrents, c'est certain.

Mais ce succès, Jeff Bezos le doit peut-être aussi à ses principes personnels, à l'hygiène de vie et au style de management qui sont les siens et que détaille le Wall Street Journal.

Pour Jeff Bezos, tout commence la nuit: l'homme est un couche-tôt notoire et a souvent expliqué ne pouvoir bien fonctionner qu'après avoir dormi huit heures, pas une de moins. «Je pense mieux. J'ai plus d'énergie. Je suis de meilleure humeur», expliquait-il en 2018 lors d'une discussion à l'Economic Club de Washington.

La sacralisation de ces huit heures avec Morphée est, selon lui, le secret de «décisions de haute qualité»: Bezos préfère peu de bons choix à beaucoup de mauvais. «Warren Buffett dit être bon s'il prend trois bonnes décisions dans l'année, et je suis d'accord», disait-il encore en 2018.

La règle des deux pizzas

Autre facteur temporel: les réunions les plus qualitatives se tiennent selon lui à 10 heures. Pas avant, pas après: si une question importante se pose dans l'après-midi, Bezos préfère bien la traiter le lendemain matin, plutôt que mal le soir, quand les esprits sont déjà las.

Ces meetings se doivent d'être productifs et efficaces. Bezos a notamment posé la «règle des deux pizzas», qui doivent être suffisantes pour sustenter les cadres présents. Soit entre 5 et 8 maximum –un moyen simple de préférer les commandos utiles aux foules inefficaces.

Pour éviter la perte de temps, les personnes présentes doivent exposer leur travail ou les questions à résoudre dans un court mémo, pas plus de six pages, que chacun lira en introduction de la rencontre. Certains cadres, explique le WSJ, pouvaient passer des semaines à parfaire leurs textes, pour s'assurer que les discussions successives iraient dans la bonne direction.

Amazon a également bâti son succès sur sa légendaire (mais réelle) obsession pour le customer-roi –celle-ci est d'ailleurs en tête des dix commandements de la firme, qui président à l'ensemble de ses actions. En réunion, Jeff Bezos ajoutait parfois une chaise vide à la tablée, pour que les cadres gardent en tête, en permanence, les effets de leurs choix et décisions sur cette clientèle maîtresse.

Commandes en un clic, livraison express, Alexa et assistants vocaux, Kindle, blitzkrieg sur le cloud: l'innovation à tout crin, sans crainte d'échecs considérés comme normaux voire positifs, est également l'un des moteurs du succès d'Amazon.

La firme est d'ailleurs l'une de celles déposant le plus de brevets au monde, certains d'entre eux portant le nom de Bezos lui-même. Ce qui ne l'empêche pas d'innover également dans le domaine de la copie industrielle de ses concurrentes.

Enfin, le Wall Street Journal explique que Bezos, c'est du moins ce qu'il expliquait publiquement, ne prête qu'une attention très relative au cours quotidien de l'action Amazon.

«Si elle grimpe de 30% en un mois, ne vous sentez pas 30% plus intelligent, expliquait-il ainsi à l'Economic Club en 2018. Parce que si l'action chute de 30% le mois suivant, vous n'apprécierez pas le sentiment de vous sentir 30% plus stupide, et ce sont des choses qui arrivent.»

Cela lui a semble-t-il plutôt profité, ainsi qu'à Amazon: Jeff Bezos est l'un des hommes les plus riches du monde, et l'entreprise qu'il a créée semble ne pas connaître de limite.

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