Des habitant·es de New Dheli se fournissent en eau auprès d’un camion-citerne, le 23 février 2016. | Roberto Schmidt / AFP

Des habitant·es de New Dheli se fournissent en eau auprès d’un camion-citerne, le 23 février 2016. | Roberto Schmidt / AFP

Les marchands de soif, ou quand la mafia de l'eau fait sa loi

Lorsque les services publics font défaut, les habitant·es sont contraint·es de se tourner vers des personnes sans scrupule qui leur vendent de l'eau.

Avec le changement climatique, ainsi que l'urbanisation rapide de certaines régions du monde, les réseaux de distribution d'eau potable de certains pays en voie de développement ont du mal à tenir la cadence.

Dans les failles créées par ces systèmes d'eau courante défaillants ou inexistants s'infiltrent des vendeurs privés, qui sillones les villes à bord de leurs camions-citernes pour livrer le précieux liquide aux plus offrant·es. Le New York Times est allé à la rencontre de ces «marchands de soif».

D'après la Banque mondiale, ce sont à peu près 1,9 milliard de citadins qui subiront d'ici à 2050 des manques d'eau lors des saisons sèches. Une forte augmentation par rapport à 2000, où ils étaient 500 millions. Dans certaines villes, l'activité des vendeurs privés devient parfois indispensable pour ne pas tomber dans la pénurie.

Seulement, les vendeurs de soif ne sont pas des bons samaritains mais des commerçants: c'est donc la loi du marché qui s'applique à un besoin vital, sans que la clientèle n'ait réellement le choix.

Les prix pratiqués sont généralement autour de dix fois supérieurs à ceux des gouvernements ou des autorités locales. À Bombay, les prix pratiqués seraient cinquante-deux fois plus cher que ceux du service public. Prohibitif pour les habitant·es les plus pauvres, qui doivent se rationner pour effectuer des tâches indispensables comme se laver, cuisiner ou faire le ménage.

Loi du marché

À Katmandou, au Népal, où peu d'habitations des quartiers les plus pauvres sont connectées au réseau d'eau courante, les résident·es sont forcé·es de s'appuyer sur les vendeurs et vendeuses d'eau lors de la saison sèche –leurs prix augmentent bien sûr en conséquence.

Comme les rues étroites ne permettent pas le passage des citernes, il faut parfois passer par un intermédiaire, qui prend encore une commission supplémentaire.

Dans les zones menacées, ces marchand·es peuvent parfois servir de filet de sécurité pour les autorités, qui sont alors réticentes à agir contre eux. Et encore, c'est lorsque certains officiels corrompus ne les aident pas, en réduisant le flux des canalisations ou en éliminant leur concurrence par exemple.

Pour ne rien arranger, puisque ce business parallèle de l'eau se déroule dans une semi-légalité seulement, le liquide vendu est rarement aux standards nécessaires pour garantir une consommation sans risques. Les mafias de l'eau n'ont en plus que peu de scrupules à surexploiter les réserves dans lesquelles ils puisent, faisant courir le risque qu'elles-mêmes se retrouvent à sec.

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