Prix Nobel d'économie en 1976, Milton Friedman donne un discours à la Maison-Blanche, en 2006. | Alex Wong / Getty Images North America / Getty Images via AFP
Prix Nobel d'économie en 1976, Milton Friedman donne un discours à la Maison-Blanche, en 2006. | Alex Wong / Getty Images North America / Getty Images via AFP

Que reste-t-il de Milton Friedman, pape du néolibéralisme?

Faire du profit et satisfaire les actionnaires, sans se préoccuper du reste: sa tribune publiée en 1970 a jeté les fondations du monde moderne.

«La responsabilité sociale des entreprises consiste à maximiser leurs profits.» Tout était déjà résumé dans l'intitulé de cette tribune de Milton Friedman, publiée le 13 septembre 1970 dans le New York Times Magazine.

L'économiste y invitait les entreprises à se concentrer sur deux choses: faire de l'argent et satisfaire leurs actionnaires. De cela découlerait naturellement la prospérité pour tout un chacun. Selon le New York Times Magazine, cette tribune contenait «sans doute l'idée économique la plus importante de la seconde moitié du XXe siècle». Celle-ci a guidé les politiques publiques de nombreux pays à partir de la fin des années 1970.

Si la prospérité d'un État découle de la capacité des entreprises à faire du profit, alors il faut les laisser les plus libres possibles: tel est le raisonnement qui a guidé les politiques de dérégulation, de libéralisation et de privatisation de l'économie à partir des années 1980 (parfois surnommées «années fric»).

Après avoir suivi ce chemin pendant de longues années, le monde s'est réveillé avec des inégalités accrues dans les sociétés occidentales, une crise environnementale et, à présent, catastrophe sanitaire.

Peut-on encore sauver le soldat Friedman?

De nombreuses voix s'élèvent de nos jours pour critiquer la pensée de celui qui fut gratifié d'un prix Nobel de l'économie en 1976. Interrogés par le New York Times, le patron de Salesforce et le fondateur de Starbucks expliquent au magazine leur rejet d'une doctrine postulant qu'une entreprise devrait être indifférente aux conséquences de ses actes, et revendiquent leur engagement social (en tout cas affiché).

L'économiste Marianne Bertrand et le patron de Third Point Daniel Loeb rappellent que la primauté donnée aux intérêts des actionnaires n'a pas eu les effets escomptés sur la prospérité des nations.

Leo E. Strine Jr. du Program on Corporate Governance de Harvard et Joey Zwillinger (cofondateur de Allbirds) observent que les idées de Friedman sont nées dans un contexte interventionniste, égalitaire et prospère, et que la mise en œuvre de son «programme» a débouché sur le résultat inverse.

D'autres commentateurs prennent toutefois la défense de Milton Friedman: selon l'économiste Glenn Hubbard, sa priorité donnée aux actionnaires se conçoit en considérant la valeur à long terme des actions, et non des dividendes maximaux.

Enfin, Ken Langone, cofondateur de Home Depot, explique que l'engagement social et environnemental des entreprises est compatible avec la théorie de Friedman, à partir du moment où il se situe dans leur intérêt économique.

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