Beaucoup, beaucoup d'argent. | Vincenzo Pinto / AFP
Beaucoup, beaucoup d'argent. | Vincenzo Pinto / AFP

Le «paradoxe de la monnaie»: mais où donc disparaissent les billets imprimés par la BCE?

Quelque chose ne colle pas.

C'est un «paradoxe» étrange qu'a soulevé la Banque centrale européenne dans une récente note publiée sur son site: alors que les paiements en espèces se font de plus en plus rares dans la zone euro en raison de la pandémie, jamais il n'y a eu autant de billets en circulation.

«La digitalisation des paiements dans les commerces aurait dû entraîner une diminution de la demande d'espèces. Or, c'est le contraire qui s'est produit», remarque la BCE.

En un an, entre février 2020 et février 2021, le montant des billets en euros en circulation a grimpé de 1.293 à 1.435 milliards, sa plus forte augmentation depuis la crise financière de 2008, observe l'institution.

Parallèlement, 4 personnes sur 10 interrogées par la BCE en juillet dernier affirmaient favoriser les paiements par carte par rapport aux espèces depuis le début de la pandémie. Même les Allemands, solidement accrochés à leur sacro-saints billets, s'y sont mis.

Plusieurs explications à ce «paradoxe de la monnaie» sont avancées par la BCE. La première constatation est que seuls 20% du montant des billets en circulation sont utilisés pour les transactions dans les points de vente. 80% de la monnaie est donc «dormante» quelque part. Mais où?

Matelassage

Une partie de la réponse vient de l'appétit croissant des investisseurs étrangers pour la monnaie européenne. En 2008, 35% des billets en euros étaient ainsi détenus hors d'Europe, contre 50% en 2018. Plutôt une bonne nouvelle pour notre monnaie, considérée comme une valeur sûre à l'international.

Mais la principale source d'accumulation des billets réside chez les ménages. Entre 27,5% et 50% du montant des billets serait ainsi glissé sous le matelas des particuliers européens, ce qui représente entre 1.270 et 2.310 euros par adulte.

«Dans toutes les crises, la demande en cash augmente fortement», notent Gerhard Rösl et Franz Seitz dans l'étude de la BCE. Le phénomène a ainsi été observé lors de l'éclatement de la bulle internet en 2001 ou après la faillite de Lehman Brothers en 2008.

Ajoutez à cela une épargne forcée et de précaution (165 milliards d'euros dormant sur les comptes des ménages français fin 2021 selon une analyse séparée de la Banque de France), et vous obtiendrez le cocktail gagnant pour entraîner une baisse de la mobilité monétaire.

Une dernière raison de l'accumulation de cash tient aux banques et institutions financières: face aux taux négatifs imposés par les banques centrales, ces dernières préfèrent stocker leur monnaie sous forme d'espèces, afin de perdre moins d'argent. En 2020, elles détenaient environ 90 milliards d'euros dans leurs coffre-forts, contre 45 milliards avant le passage aux taux négatifs en 2014.

Si les réserves d'espèces sonnantes et trébuchantes apparaissent comme un repère rassurant aux yeux des ménages, elles sont en revanche totalement contre-productives en cas d'inflation. Or, cette dernière pourrait bien repointer le bout de son nez dans les années à venir.

En ce moment

Comment les cryptos contaminent Wall Street

Biz

Comment les cryptos contaminent Wall Street

Les portefeuilles se remplissent de cryptomonnaies, et des risques qui y sont associés.

Après des mois sans voler, les pilotes multiplient les erreurs

Et Cætera

Après des mois sans voler, les pilotes multiplient les erreurs

La pandémie a considérablement ralenti les vols commerciaux et les équipages ont un peu perdu la main.

Les camions qui roulent au GNL polluent plus que le diesel

Tech

Les camions qui roulent au GNL polluent plus que le diesel

«L'énergie fossile la plus propre du monde» n'est pas si écolo que ça…