L'une des premières images officielles de The Irishman, de Martin Scorsese, à venir sur Netlix. Bientôt dans une salle près de chez vous? | Niko Tavernise / Netflix
L'une des premières images officielles de The Irishman, de Martin Scorsese, à venir sur Netlix. Bientôt dans une salle près de chez vous? | Niko Tavernise / Netflix

Les films Netflix sortiront-ils un jour en salle?

Les exploitants de salles de cinéma profitent de la sortie du prochain Scorsese pour mettre la pression sur le site de streaming.

C'est peut-être la plus belle prise de l'histoire du service de streaming. En 2017, il a annoncé qu'après des désaccords avec la Paramount sur le budget de son prochain projet, Martin Scorsese allait plutôt produire son nouveau film chez Netflix.

Et quel film. The Irishman marquera le retour du New-Yorkais aux histoires de mafia, avec au casting les acteurs fétiches de ses débuts. Robert de Niro et Joe Pesci. Al Pacino fera quant à lui ses premiers pas devant la caméra du réalisateur dans le rôle de Jimmy Hoffa, un syndicaliste resté dans la légende pour le rôle qu'il a joué dans le crime organisé.

Autant dire que le long-métrage, qui doit sortir fin septembre, est pressenti comme un concurrent sérieux dans la course aux Oscars 2020, a fortiori si l'on se souvient de la débâcle de l'an dernier. L'Académie a finalement voté en avril pour un règlement favorable aux services de streaming, afin que ces derniers puissent continuer de soumettre leurs films.

La règle reste que pour prétendre à l'éligibilité, il suffit qu'un film sorte en salle à Los Angeles pendant sept jours, période durant laquelle il doit être joué trois fois par jour. Il peut dans le même temps être disponible sur une plateforme de streaming.

Exploitants mécontents

Cette décision n'a pas mis fin à la colère des exploitants. Netflix a promis que The Irishman sortirait en salle aux États-Unis. Une condition qui semble compromise si l'on s'en réfère aux discussions sans issue que le service de streaming entretient avec AMC Theatres, qui gère 11.000 écrans dans le monde, et Cineplex, le plus grand exploitant canadien.

Les deux entreprises parlementent séparément. D'après les sources du New York Times, elles demanderaient trois mois d'exploitation avant que le film ne soit disponible en streaming. Cet objectif s'oppose à celui que s'est fixé Netflix, qui désire diffuser la production sur sa plateforme le plus tôt possible, et pour la totalité de ses abonné·es en même temps.

Le New York Times révèle aussi que Martin Scorsese, un amoureux de la pellicule, met lui aussi la pression sur le service de streaming pour que son film puisse sortir en salle. Le réalisateur et les exploitants espèrent que Netflix adoucira ses positions, comme l'entreprise l'a déjà fait par le passé.

Des petites chaînes d'exploitation et certains cinémas indépendants avaient eu le droit de jouer La Ballade de Buster Scruggs et Bird Box une semaine avant leur sortie sur la plateforme de stream. Roma avait aussi pu être diffusé vingt-et-un jours avant sa mise en ligne. Mais cela reste loin des trois mois réclamés par les grands exploitants.

En France, chronologie des médias oblige, The Irishman suivra probablement la trajectoire de Roma et ne sera pas du tout diffusé au cinéma.

Le dilemme de Netflix

Netflix se retrouve donc devant un dilemme. Son modèle économique par abonnement est taillé pour les séries, les comédies, les films à petits budgets ou plus expérimentaux, qui se prêtent bien à un visionnage dans son salon ou qui n'auraient pas attiré les foules en salle. Ce genre de fictions permet d'assurer un flux continu de divertissements bons ou corrects, qui donnent une bonne raison de renouveller son abonnement

La plateforme produit pourtant de plus en plus de films prestigieux, dirigés par des metteurs en scène ou des réalisatrices reconnu·es, comme Roma d'Alfonso Cuarón ou La ballade de Buster Scruggs des frères Coen. Or, ces longs-métrages sont typiquement ceux pour lesquels le public serait susceptible d'aller au cinéma en y payant autant –voire plus– que ce qu'il dépense pour son abonnement mensuel.

Les marchés financiers poussent d'ailleurs Netflix à diversifier son approche afin de maximiser ses profits. En janvier, un analyste financier de la banque Barclays écrivait: «Si la sortie en ligne de petits budgets a du sens économiquement, nous pensons que les films orientés franchises devront inclure une sortie en salle afin d'optimiser les revenus.»

Autrement dit, lorsque l'on a un blockbuster sous la main, il est dommage de cracher sur les bénéfices que génèrent une sortie cinéma. Plus encore lorsque le film en question est en capacité de gagner un Oscar.

Tenir face à l'ogre Disney

Netflix doit faire face à la concurrence du géant qu'est Disney. Dans quelques mois seulement, Disney + va débarquer avec des produits d'appel imbattables, une flopée de séries centrées sur les deux franchises les plus bankable du monde: Star Wars et les contenus estampillés Marvel. Autant dire que pour tenir la distance, Netflix va avoir besoin de poids lourds dans son catalogue. Comme un film de Scorsese par exemple.

Il n'est pas idiot de la part de l'entreprise de parier sur le visionnage en ligne afin de conserver son avance. Avec cinq films ayant atteint le milliard de dollars de recettes en 2019, alors que Star Wars 9 n'est même pas encore sorti, rien ni personne aujourd'hui ne peut concurrencer Disney dans les salles obscures. Pas même le plus célèbre des New-Yorkais à lunettes.

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