La Norwegian Cruise Line a poussé son personnel à mentir à propos du SARS-CoV-2. | Fernando Jorge via Unsplash

La Norwegian Cruise Line a poussé son personnel à mentir à propos du SARS-CoV-2. | Fernando Jorge via Unsplash

Une compagnie de croisières prétend que le climat des Caraïbes tue le coronavirus

Quand la pandémie devient un argument de vente.

Au-delà de son dramatique coût humain, l'épidémie de Covid-19 est un coup dur porté à l'industrie du tourisme. Celle-ci est à l'évidence l'un des secteurs les plus directement touchés, des millions de personnes ne pouvant pas sortir de chez elles et ayant interdiction de se rassembler.

Probablement pénalisés par la situation du Diamond Princess, sur lequel des centaines de passagè·res en quarantaine ont contracté le virus, les croisiéristes font logiquement face à une vague d'annulations.

Certaines compagnies sont néanmoins prêtes à tout pour ne pas voir leur business péricliter –quand bien même ledit business consiste-t-il à concentrer des personnes souvent âgées dans un espace confiné, avec des possibilités réduites d'isolement et d'évacuation.

Éléments de langage

Selon le Miami New Times, l'entreprise Norwegian Cruise Line (NCL) a poussé ses employé·es à ignorer les dangers du virus, à mentir à son sujet et, pire, à l'utiliser comme argument de vente.

Des fuites d'e-mails montrent que les managers de la société ont distribué à leurs vendeurs des éléments de discours à utiliser pour le cas où la clientèle aborderait le sujet de l'épidémie.

Ces cadres encouragent à souligner qu'à cause du coronavirus, de nombreuses croisières en Asie du Sud-Est ont été annulées, ce qui a provoqué une hausse de la demande pour les autres itinéraires, dont les tarifs risquent par conséquent d'augmenter.

Mais ces conseils vont plus loin et prennent une tournure mensongère: «Le coronavirus ne peut survivre que dans les basses températures, donc les Caraïbes sont un choix fantastique pour votre prochaine croisière», assure l'un des éléments de langage distribués.

Si le SARS-CoV-2 est effectivement sensible à la chaleur, les scientifiques ne savent pas avec certitude quelle température est requise pour lui faire perdre sa capacité infectieuse.

Le coronavirus à l'origine de l'épidémie de SRAS en 2003 nécessite une exposition de 90 minutes à 56°C: même sous les tropiques, il y a donc peu de chances que la météo suffise à se débarasser du SARS-CoV-2. Cela n'empêche pas NCL d'affirmer que «le coronavirus ne peut pas vivre dans les incroyables climats chauds et sous les températures tropicales vers lesquelles votre croisière va voguer».

L'entreprise a d'abord refusé de répondre aux questions du Miami New Times, mais des mails internes également communiqués au journal prouvent qu'elle a tenté d'identifier la source du média. NCL a finalement déclaré qu'elle allait «examiner les faits décrits».

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