Le pétrole a-t-il encore un avenir? Oui ou non, selon les firmes devant répondre à la question. | Chris Liverani via Unsplash
Le pétrole a-t-il encore un avenir? Oui ou non, selon les firmes devant répondre à la question. | Chris Liverani via Unsplash

Autour du climat, le lobby pétrolier se fissure

Rien ne va plus entre les grandes compagnies pétrolières, qui défendent des approches radicalement différentes.

Début janvier, Total a quitté l'American Petroleum Institute (API), un influent lobby qui défend les intérêts de l'industrie pétrolière à Washington depuis plus d'un siècle.

L'entreprise justifie sa décision par le soutien de l'API à l'annulation de la réglementation américaine sur les émissions de méthane et l'opposition du lobby aux subventions des véhicules électriques et à la tarification carbone.

«Total reconnaît la contribution considérable de l'API au développement de notre industrie. Néanmoins, dans le cadre de notre projet Ambition Climat, nous nous engageons à faire en sorte, de manière transparente, que les associations industrielles dont nous sommes membres adoptent des positions et des messages alignés sur celles du groupe dans la lutte contre le changement climatique», a déclaré Patrick Pouyanné, le PDG de Total.

Car l'industrie pétrolière est désormais divisée en deux camps, observe CNN. D'un côté, les groupes européens (BP, Shell et Total) qui tentent d'inscrire leur stratégie dans l'après-pétrole et la transition écologique.

De l'autre, les géants américains ExxonMobil et Chevron, qui sont persuadés que la demande en pétrole continuera à être soutenue dans les prochaines années malgré les pressions écologiques. De chaque côté, c'est un pari risqué à plusieurs milliards de dollars.

BP s'est ainsi engagé à être neutre en carbone d'ici 2050 et prévoit de diminuer sa production de gaz de 40% d'ici 2030. Shell compte prioriser ses activités de trading énergétique et la distribution d'électricité aux particuliers, ainsi que le déploiement de bornes de recharges pour les voitures électriques.

Pressions et dissensions

Il faut dire que les pétroliers sont sous pression des fonds d'investissement, qui réclament de plus en plus d'engagements «verts» de la part des entreprises.

Dans sa lettre annuelle adressée en janvier aux dirigeant·es des entreprises dans lesquelles il investit, le PDG de Blackrock Larry Fink leur a ainsi demandé de «publier un plan indiquant comment leur modèle économique sera compatible avec une économie neutre en carbone».

La stratégie des Européens les poussent à revoir leur participation aux différents lobbys. «Nous révisons en ce moment nos engagements dans plus de trente-six associations», confirme à Quartz un porte-parole de BP.

De leur côté, les pétroliers américains font de la résistance. Malgré des pertes colossales enregistrées en 2020 (22,4 milliards pour ExxonMobil), ils restent convaincus que le pétrole a toujours un bel avenir et que la demande va continuer d'augmenter, notamment dans les pays en développement comme l'Inde.

La friction entre les deux approches est inévitable et se fait sentir à l'intérieur même de chaque compagnie. «Au sein de ces entreprises, certaines personnes ont pour mission de rechercher les opportunités dans la transition vers le gaz ou les énergies renouvelables, quand d'autres sont focalisées sur la prolongation du statu quo, décrit Evelyn Dietsche, de l'institut de recherche suisse Swisspeace. À un moment donné, il sera intenable de passer cette ambiguïté sous silence.»

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