Donald Trump fait semblant de s'administrer un test Covid lors de sa visite de l'usine Puritan, le 5 juin 2020 à Guilford, Maine. | Nicholas Kamm / AFP
Donald Trump fait semblant de s'administrer un test Covid lors de sa visite de l'usine Puritan, le 5 juin 2020 à Guilford, Maine. | Nicholas Kamm / AFP

Puritan, ou la guerre fratricide des écouvillons

Les campagnes de test du Covid-19 ont été menacées par la haine que se vouent deux cousins.

Avant les vaccins, les nations du monde entier se sont lancées dans une recherche frénétique d'écouvillons médicaux, ces coton-tiges qui vont grater le nasopharynx en passant par la narine, indispensables pour dépister le Covid-19.

Clé de voûte de la supression des foyers de contamination du virus, ce genre de dispositif est habituellement peu mobilisé. Aux États-Unis, les hôpitaux n'en utilisent d'ordinaire qu'un million par an. Tous sont produits par deux entreprises: sur le sol américain, environ 60% de ces produits proviennent de Copan, une grosse firme italienne, et Puritan, une petite entreprise familiale située dans le Maine, fournit le reste.

Le 13 mars 2020, une réunion d'urgence se tient dans les hautes sphères de l'administration américaine. Il est alors estimé que Puritan est le seul espoir du pays pour la fourniture en urgence des millions de tests nécessaires. Mais ce que le gouvernement ignore, c'est que Timothy Templet et John Cartwright, les cousins qui dirigent l'entreprise, ne peuvent pas se voir en peinture.

Comme souvent, les principaux intéressés eux-mêmes ont sans doute oublié la cause de la discorde. Une chose est en revanche certaine: à Bloomberg, qui a enquêté sur l'entreprise, les ouvriers de Puritan affirment n'avoir jamais vu les deux hommes en même temps.

Lorsque l'amiral Brett Giroir, à qui échoit la politique de test, appelle les deux cousins pour leur annoncer le rôle primordial que tiendra Puritan dans la lutte contre le virus, l'entreprise est au pic de sa crise de leadership. Deux semaines avant le coup de fil, un procès vient d'être intenté par Templet afin de dissoudre la copropriété de Puritan, du fait de «désagréments majeurs, de longue date, et irréconciliables».

La zizanie

L'entreprise à laquelle le gouvernement américain s'apprête à verser des centaines de millions de dollars est gérée par deux hommes qui, selon leurs avocats, «ne se parlent plus, ne prennent plus de décision ensemble, et sont essentiellement incapables d'être dans la même pièce».

Bloomberg explique que Giroir espère que les deux dirigeants réussiront à mettre leurs haines de côté, poussés par la gravité de la situation. Pari gagnant: la production des usines existantes a été décuplée et d'autres ont pu être ouvertes.

Ainsi, les cousins se sont suffisamment tolérés pour que la capacité de production de leur petite entreprise passe, rapidement, de 20 à près de 300 millions d'écouvillons par mois.

Pourtant, selon Bloomberg, ce succès très lucratif n'a pas mis un terme aux querelles familiales. Templet et Cartwright continuent de contester leurs stratégies respectives et à s'envoyer des procès à la figure.

Lorsque la crise du Covid s'atténuera, Puritan dominera vraisemblablement un marché dont elle n'était auparavant qu'un acteur mineur. À voir si cette perspective très profitable motivera les cousins à enterrer la hache de guerre.

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