Si un pharmacien vendait de l'OxyContin à quelqu'un qui faisait par la suite une overdose, Purdue Pharma devait lui faire un rabais sur sa prochaine commande. | Haley Lawrence via Unsplash
Si un pharmacien vendait de l'OxyContin à quelqu'un qui faisait par la suite une overdose, Purdue Pharma devait lui faire un rabais sur sa prochaine commande. | Haley Lawrence via Unsplash

Un rabais à chaque overdose: le plan de McKinsey pour vendre plus d'opioïdes

Un procédé qui fait froid dans le dos.

Avec 400.000 décès en près de vingt ans, les opioïdes ont provoqué une crise sanitaire sans précédent aux États-Unis. Ces anti-douleurs —prescrits à tour de bras sous la pression de leurs fabricants— sont extrêmement addictifs, favorisant overdoses, usages détournés et glissement vers la toxicomanie.

Le New York Times a eu accès aux documents issus de la procédure judiciaire contre Purdue Pharma, l'un des laboratoires fabriquant de l'OxyContin. Le média américain a pu trouver un exposé du célèbre consultant McKinsey, qui explique au fabricant comment continuer à gonfler les ventes de son opioïde, en 2017.

Le procédé fait froid dans le dos.

À cette époque, les médicaments opiacés avaient déjà tué des centaines de milliers d'Américain·es et la pratique était régulièrement pointée du doigt. L'idée de McKinsey pour continuer malgré tout à augmenter les ventes était la suivante: si un pharmacien vendait de l'OxyContin à quelqu'un qui faisait par la suite une overdose, Purdue Pharma lui offrirait un rabais sur sa prochaine commande.

Vendre, peu importe les morts

Le rabais était calculé en fonction du nombre d'overdoses. Si plusieurs clients du pharmacien —en l'occurrence, des chaînes de pharmacies comme CVS et Anthem— souffraient d'overdoses, le rabais serait plus important.

McKinsey suggérait par exemple, pour CVS, une réduction de 14.810 dollars [12.360 euros] par overdose. Ayant très cyniquement estimé que 2.484 clients de CVS feraient une overdose d'OxyContin ou développeraient une addiction cette année-là, Purdue Pharma devrait donc payer 36,8 millions de dollars [30,7 millions d'euros].

CVS et Anthem nient avoir bénéficié de telles réductions de la part de Purdue Pharma. D'après les documents, les propositions de McKinsey pour «turbocompresser» (sic) les ventes ont été plutôt bien reçues par le laboratoire, qui semble avoir changé d'avis par la suite.

Purdue Pharma, qui plaide coupable, risque 8,3 milliards de dollars [6,9 milliards d'euros] d'amende et devra verser 225 millions de dollars [188 millions d'euros] de dommages et intérêts aux victimes.

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