Pour gagner de l'argent, Facebook doit être dans votre tête. | Joshua Hoehne via Unsplash
Pour gagner de l'argent, Facebook doit être dans votre tête. | Joshua Hoehne via Unsplash

En changeant ses propres règles, Facebook se tire une balle dans le pied

Un outil en faveur de la protection des données personnelles pourrait faire baisser ses revenus.

Un an et demi après le scandale Cambridge Analytica, Facebook tient enfin sa promesse de proposer aux membres du réseau davantage de contrôle sur l'utilisation de leurs données. Une nouvelle fonctionnalité permettra ainsi de séparer votre historique de navigation de votre compte Facebook.

Soyons clairs: cette option ne supprime rien du tout, Facebook continuera d'aspirer vos données. Simplement, il sera possible de demander à ce que les informations traquées par des sites tiers ne soient plus liées directement à votre compte personnel –elles resteront cependant enregistrées sur les serveurs de la société.

La force de Facebook, et ce dont l'entreprise peut se vanter auprès des annonceurs, est non seulement que presque tout le monde possède un compte, mais surtout qu'elle est capable de cibler les internautes de façon extrêmement précise.

La quantité de données prélevées permet de construire un double numérique qui reflète nos intérêts, notre orientation politique, nos goûts, etc. Cet ensemble est utilisé afin de nous proposer des publicités personnalisées.

Activer le nouvel outil empêchera l'algorithme du réseau social d'accéder à autant d'informations qu'avant l'activation. Ses pubs seront moins ciblées et vaudront donc moins aux yeux des annonceurs.

Entre vie privée et pub ciblée, il faut choisir

Cela n'augure rien de bon pour l'entreprise qui, si l'outil est largement employé, verra son business model initial écorné. David Baser, le cadre de Facebook qui gère la fameuse fonctionnalité, s'attend même à ce que sa société subisse «une baisse de revenus à un certain degré».

Bien entendu, cette option ne s'enclenchera pas par défaut. Il faudra aller soi-même dans les paramètres afin de l'activer –l'idéal, pour Facebook, étant que le moins de monde possible le fasse. Il est d'ailleurs à parier que, comme c'est souvent le cas pour ce genre de nouveauté, seule une infime partie de sa base d'utilisateurs et d'utilisatrices prendra le temps d'y jeter un œil.

Comme beaucoup d'autres sites internet, Facebook présente les publicités personnalisées comme bénéfiques. L'entreprise de Mark Zuckerberg insiste: les internautes sont ravi·es de voir des pubs qui les intéressent et en accord avec leurs goûts.

David Baser a affirmé à Bloomberg que depuis qu'il avait activé son propre outil, ses pubs étaient «assez nulles»: «J'ai eu quelques pubs pour le tennis, un sport auquel je n'ai pas joué depuis quatorze ans, mais c'est listé comme un de mes intérêts sur Facebook.»

Pas sûr que cet argument soit très efficace: il semble difficile d'imaginer que quiconque apprécie réellement les pubs internet ou se félicite de son excellente personnalisation sur Facebook. La popularité des bloqueurs de publicité en atteste.

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