Le choc de la récession pourrait enclencher un douloureux cercle vicieux. | James Hose Jr via Unsplash
Le choc de la récession pourrait enclencher un douloureux cercle vicieux. | James Hose Jr via Unsplash

Le coronavirus menace vos retraites

En France comme dans le monde, la récession grippe les systèmes et pourrait s'avérer destructrice à long terme.

À la demande du gouvernement français et à la faveur de la crise économique née de la pandémie de Covid-19, le Conseil d'orientation des retraites (COR) a refait ses calculs.

Ils ne sont pas fameux: comme le rapportent Les Échos, qui ont pu lire cette note d'étape destinée au Premier ministre, la récession actuelle devrait grever un système déjà fortement déficitaire de 5 milliards d'euros supplémentaires jusqu'en 2024, au minimum.

Pour l'année 2020, le déficit devrait être de 25,4 milliards d'euros: si le maintien des traitements des fonctionnaires a pu quelque peu amortir la chute, la masse salariale a baissé de 8,4% dans le secteur privé, faisant chuter dans son sillage les recettes des différents régimes.

Les horizons pourraient quelque peu s'éclaircir en 2024 avec le retour annoncé de la croissance à un niveau pré-crise. Mais rythme n'est pas volume et, expliquent Les Échos, celui-ci sera durablement abaissé de 2,5 points: l'équation semble de plus en plus complexe à résoudre.

«La crise provoquerait ainsi un besoin de financement supplémentaire de l'ordre de 1 point de PIB en 2020 [...] puis de 0,2 point les années suivantes», écrit le COR, repris par le quotidien.

En 2024, il manquerait tous comptes faits 0,5 point de PIB pour financer, sans réforme supplémentaire et forcément douloureuse, le système français de retraites. Cela représense un imposant trou de 13,3 milliards –le COR prévoyait auparavant un déficit déjà conséquent de 10 milliards.

Voici pour la France. Et ailleurs dans le monde? Ce n'est guère plus reluisant, comme l'expliquait un document de Natixis publié début octobre et repris par Bloomberg.

Cercle vicieux

Comme le COR, Natixis pointe du doigt le niveau élevé des dettes publiques, le ralentissement économique général et le chômage de masse. Mais son rapport met aussi l'accent sur un autre phénomène qui pourrait, dans les systèmes reposant sur la capitalisation, faire très mal aux retraité·es du monde entier: les taux d'intérêts bas, voire négatifs, actuellement mis en place dans de nombreux pays pour soutenir l'économie.

Ces taux d'intérêts bas, négatifs dans 16 des 44 pays étudiés par la firme qui les a ajustés à l'inflation, offrent un rendement quasi nul aux sommes actuellement placées par les populations actives.

Cela pourrait, l'âge légal venu, les faire quitter le monde du travail avec des pensions misérables. De quoi aggraver un peu plus encore les inégalités entre les hauts salaires, qui pourront consacrer une part importante de leurs revenus à épargner en vue de la retraite, et les bas salaires qui, en temps normal, peinent déjà à joindre les deux bouts.

Or, les retraité·es sont un rouage essentiel à l'activité économique des nations. Leur consommation la soutient de manière cruciale et une moindre épargne signifie, pour les générations qui suivent, une transmission de richesses plus faible. Avec le vieillissement des sociétés occidentales, le cercle pourrait alors devenir vicieux et destructeur.

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