Une brume d'incertitude plane sur Shanghai. | Ralf Leineweber via Unsplash
Une brume d'incertitude plane sur Shanghai. | Ralf Leineweber via Unsplash

Vivre sans cash, l'exemple chinois

La Chine est très en avance sur la dématérialisation monétaire, pour le meilleur comme pour le pire.

Partir de loin peut, dans tous les domaines mais dans celui des nouvelles technologies en particulier, être un atout non négligeable. Tout est à faire et non à refaire, et l’adoption généralisée de nouveaux services par les populations peut s’en trouver grandement accélérée.

Ainsi des solutions de paiement numérique sont devenues monnaie courante en Chine en quelques années quand les modèles utilisés par l’Occident commencent à peine à muter, chèques malhabilement manuscrits, cartes bancaires plastiques ou billets falsifiables trustant encore le marché des paiements. L’arrivée bruyante de nouveaux acteurs comme Apple notamment, le développement par les banques traditionnelles de solutions intégralement numériques ou l’émergence compliquée des pures banques en ligne n’y changent rien: en matière de suppression des porte-monnaie et porte-cartes, la Chine est devant. Loin devant.

D’un vieux système décrépi au futur

Martin Chorzempa, journaliste pour la MIT Technology Review en a personnellement fait l’expérience. Emménageant à Pékin en 2013 pour y étudier –pas de hasard– le système financier chinois, il explique ne pas s'être senti intégré à la société locale avant d’avoir obtenu un accès à Alipay, système imaginé par Ant Financial, fondé par le très milliardaire papa d’Alibaba, Jack Ma.

Avant d’accéder à ce sésame numérique, concurrent du WeChat Pay proposé par le mastodonte Tencent, Chorzempa précise s’être débattu pour articuler les besoins basiques de son quotidien avec un système bancaire chinois tout à fait décrépi. Distributeurs de billets quasi-introuvables, services annexes (emprunts, réservation de taxis ou de voyages, assurances, etc.) à peu près inexistants, interminables queues dans les banques de la ville…

Un enfer bureaucratique contrastant notablement avec la facilité avec laquelle ses camarades locaux «encaissaient leurs salaires en un clic et commençaient immédiatement à les faire fructifier», payaient ou partageaient leurs additions au restaurants grâce à des QR codes; contrastant également avec les possibilités de financement ou de micro-financement que ces nouvelles structures offraient facilement à des petits commerces dans lesquels les vieilles banques, plus frileuses, refusaient d’investir.

Suivre ou ne pas suivre?

La Chine peut donc logiquement être perçue comme très en avance en la matière. La question reste de savoir si l’Occident peut ou doit lui emboîter le pas. Et la réponse apportée en cinq points par le journaliste est, dans les deux cas, négative.

1. Martin Chorzempa pointe en premier lieu que la décrépitude du système bancaire chinois –à l’opposé de la relative puissance des banques occidentales, de Visa ou de Mastercard– laissait une porte largement ouverte à une transformation instantanée et à une adoption rapide, augmentant à mesure que le pays se connectait à internet et se dotait de smartphones.

2. Il note ensuite que la Chine n’a en l’occurrence, sur un plan technique, rien inventé –les codes QR sont utilisés pour le paiement depuis des années au Japon, PayPal et eBay ont depuis longtemps mis en place des systèmes d’assurance pour des transactions sans heurts, etc.

3. Martin Chorzempa constate ensuite que le système chinois est, on l’aurait deviné, «un rêve de hacker et un cauchemar pour la protection de la vie privée». «On voit ce qui se passe lorsque l’on offre une trop grande confiance à des entreprises pour sécuriser de larges parts de nos vies privées», explique-t-il, pointant bien entendu Facebook. Mais Facebook est Facebook, une banque est une banque et les informations détenues par ces dernières sont susceptibles d’avoir un plus grand impact encore sur les vies des citoyennes et citoyens si elles sont placées entre de mauvaises mains –celles d’un gouvernement que l’on sait obsédé par la notation citoyenne ou celles de hackers.

4. Les petites stars de la fintech chinoise ont bénéficié d’une chose dont n’ont pas du tout joui leurs homologues américaines: un gros coup de pouce de la part du gouvernement, sous la forme d’une dérégulation totale d’un marché qui n’existait pas encore. «Le gouverneur de la Banque centrale chinoise a explicitement déclaré qu’il permettrait à des entreprises non régulées de pénétrer sur des territoires auparavant inaccessibles à quiconque ne disposait pas d’une licence officielle, leur offrant la liberté de croître avant que des règles soient imposées.»

5. La fintech dans son ensemble n’est pas (encore) universelle: personnes âgées et moins à l’aise avec la technologie y ont accès mais n'ont pas forcément l’envie ou les connaissances nécessaires à son utilisation quotidienne. «Un étranger, ou un touriste, quelqu’un venant d’une zone rurale ou quelqu’un d’âgé habitué à utiliser du cash peut se sentir exclu d’une économie basée sur les apps. Les gens découvrent, partout en Chine, que leur cash n’est plus le bienvenu et peuvent par exemple se retrouver incapables de réserver un taxi, car tous ont déjà été réservés par des personnes disposant d’applications dédiées.»

Bref, le mieux reste de laisser la Chine faire, et d'en tirer les leçons avant de mettre billets, chèques, cartes bancaires et pièces jaunes au pilori.

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