Quand la Russie tousse, le monde tremble. | Kirill Kudryavtsev / AFP
Quand la Russie tousse, le monde tremble. | Kirill Kudryavtsev / AFP

Le prix du pain, l'autre ennemi juré de Vladimir Poutine

La hausse du cours du blé le pousse à prendre des mesures fortes aux conséquences incertaines.

L'opposant engeôlé Alexeï Navalny et les manifestations qu'il suscite en Russie ne sont pas les seuls soucis de Vladimir Poutine.

Une autre épine au venin lent et insidieux vient se planter dans la terne fin de règne du maître du Kremlin: la hausse des cours du blé, donc le renchérissement du prix du pain, qui met un peu plus à mal un peuple déjà paupérisé par la crise liée au Covid-19.

Or, dans un pays où les pénuries de l'ère soviétique et l'inflation galopante après son effondrement ont laissé des traces indélébiles, le sujet est hautement sensible.

S'il est désormais le plus gros exportateur mondial, la nation, elle, est pourtant devenue l'un des greniers à blé de la planète. Comme l'explique Bloomberg, les récoltes russes ont presque doublé en vingt ans pour atteindre 85 millions de tonnes en 2020 –une année record.

Mais du fait de récoltes décevantes pour certains autres gros producteurs, notamment la France, ainsi que d'une fringale chinoise ne connaissant pas de fin, les cours mondiaux du blé sont au plus haut depuis six ans.

Et la puissance agricole russe n'a en rien protégé le petit peuple de ces aléas internationaux: comme le relate le site américain, il lui faut payer son pain 20% plus cher qu'en 2019, l'inflation atteignant même 65% pour le sucre.

Le blé et l'argent du blé

De quoi nourrir une grogne menaçante pour un Poutine affaibli. Le président de la fédération de Russie s'est donc senti obligé d'étriller son exécutif lors d'une allocution télévisée début 2020, et de reprendre les choses en main.

«Dans le passé, on disait que tout était disponible en Union soviétique, mais pas pour tout le monde, du fait des pénuries, a-t-il déclaré. Aujourd'hui, il n'y en a pas pour tout le monde parce que tout le monde ne peut pas acheter certains produits au prix actuel du marché.»

Quelques heures plus tard tombait la sentence gouvernementale. Le pays imposait à ses agriculteurs une importante taxe à l'exportation, de l'ordre de 25 euros la tonne de blé de mi-février à début mars, date à laquelle ce montant doublera.

En parallèle, un système de quotas était mis en place pour empêcher le blé –mais aussi d'autres produits comme les pommes de terre ou les œufs– de quitter le territoire national, avec pour objectif de juguler l'inflation sur les produits de première nécessité.

Selon Andrey Sizov Jr., spécialiste interrogé par Bloomberg, les mesures pourraient représenter près de 1,5 milliard d'euros de manque à gagner pour le secteur agricole russe. D'autres considèrent qu'elles pourraient, à terme, éroder la position dominante du pays en poussant les nations clientes à se tourner vers des fournisseurs plus fiables.

Une baisse des exportations russes pourrait, surtout, faire flamber un peu plus les cours mondiaux du blé, un phénomène qui toucherait plus durement encore les pays en voie de développement, dont les dépenses agricoles sont en proportion plus importantes.

La maîtrise du prix du pain en Russie pourrait ainsi provoquer son renchérissement ailleurs, avec des conséquences politiques difficiles à évaluer mais potentiellement importantes.

Selon certains chercheurs, le Printemps arabe de 2010 avait ainsi été en partie déclenché par la flambée des prix du blé et du maïs, elle-même due à la canicule en Ukraine et en Russie qui avait poussé cette dernière à suspendre ses exportations en août de la même année.

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