Alfonso Cuaron reçoit un Oscar pour «Roma», un pur produit Netflix. | Valerie Macon / AFP
Alfonso Cuaron reçoit un Oscar pour «Roma», un pur produit Netflix. | Valerie Macon / AFP

Le droit américain peut-il empêcher Spielberg d'exclure Netflix des Oscars?

La justice américaine prévient: une telle mesure risque de tomber dans l'illégalité, car elle est anticoncurrentielle.

Le feuilleton Netflix contre les cérémonies de remise de prix continue. Après un énième revirement du festival de Cannes, la guérilla anti-streaming menée par certaines et certains acteurs ou commentateurs du secteur du cinéma s’est propagée aux Oscars. L’offensive a été lancée il y a un an par Steven Spielberg, qui estime que le choix d'un format télévisuel par Netflix légitime que ses programmes concourent aux Emmys (prix de la télévision) mais l'exclut de la course aux Oscars.

Le réalisateur, qui est en ce moment l’un des élus du bureau de l’organisation des Oscars, aimerait durcir les règles de la cérémonie afin d'interdire de compétition les films diffusés exclusivement en streaming ou qui ne sortent au cinéma que dans un nombre limité de salles. Un stratagème dont use Netflix.

Cependant, ces restrictions pourraient bien être illégales. Le ministère de la justice des États-Unis a informé l’académie des Oscars que de nouvelles règles pourraient «tendre à empêcher la compétition», donc violer les lois antitrust américaines.

Art is business

La lettre, adressée par le chef de la division antitrust du département de la Justice américain, Makan Delrahim, peut sembler bien terre à terre alors que les arguments contre la présence de Netflix visent la nature artistique de son contenu. Mais derrière le vernis de la célébration du septième art et de la «grande famille du cinéma», les Oscars sont aussi une histoire de gros sous.

Ce n’est pas de manière désintéressée que les studios dépensent des millions (et Netflix des dizaines de millions) pour promouvoir leurs films. Une récompense estampillée en haut d’une affiche constitue le Graal du marketing, la promesse du fameux «Oscar bump», soit une hausse des revenus au box office.

C'est aussi une garantie de prestige –un prestige que les studios étaient, jusqu'il y a peu, les seuls à pouvoir faire miroiter aux artistes. Certains producteurs, comme Harvey Weinstein en son temps, étaient connus pour agir en fin lobbyiste et en moissonneuse à Oscars: un moyen efficace d'attirer les talents.

De plus, les studios traditionnels ont du mal à se faire une place dans le streaming. Certains préparent leur service maison mais, pour l’instant, leur meilleure option est de vendre les droits de diffusion à Netflix ou Amazon afin de toucher une large audience.

Pas question donc de laisser Netflix empietter sur leurs plates-bandes. Une résolution qui prend donc du plomb dans l'aile, surtout que le service ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Cette année, Netflix a déjà annoncé un film en vue de l'«Oscar season», période s'étalant de la fin de l’automne au début de l’hiver durant laquelle sortent les longs métrages qui espèrent rafler la mise.

Cet automne sortira ainsi sur Netflix The Irishman, le prochain film de Martin Scorcese avec au casting Robert de Niro, Al Pacino, Harvey Keitel et Joe Pesci: autant dire que les studios ne sont pas au bout de leurs peines.

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