Le rivage de la petite ville Albina, sur la rive gauche du fleuve Maroni. | Jody Amiet / AFP
Le rivage de la petite ville Albina, sur la rive gauche du fleuve Maroni. | Jody Amiet / AFP

Le Suriname, dernier eldorado de l'exploitation pétrolière

Les majors du pétrole ont lancé une foire d'empoigne autour des réserves du petit pays d'Amérique latine.

C'est le plus petit pays d'Amérique latine et le moins densément peuplé. Recouvert en grande partie de forêt tropicale, le Suriname vivait jusqu'ici essentiellement de la bauxite, qui fournit 80% de ses recettes d'exportation, et de l'or, dont les revenus tirés de l'exploitation ont pratiquement doublé depuis 2017. C'est aujourd'hui une autre de ses richesses qui attire l'attention des investisseurs: le pétrole.

Exxon Mobil, Royal Dutch Shell, Total, Apache et plusieurs autres compagnies pétrolières se pressent sur les côtes du Suriname, qui émerge de plusieurs années de gouvernements autoritaires et corrompus.

L'heure n'est pourtant pas à la fête chez les pétroliers. Avec un prix du baril qui n'arrive pas à dépasser les 60 dollars depuis 3 ans, ils ont dû abandonner de nombreux champs devenus non rentables et ont drastiquement coupé dans leurs dépenses d'exploration. À quoi bon chercher de nouvelles ressources quand le marché est déjà en surproduction?

«Il est inutile de rechercher du pétrole offshore à 3.000 mètres de profondeur, très lointain ou dans l'Arctique qui seraient trop chers à développer. Ce pétrole ne pourra jamais être produit», a ainsi affirmé le 8 janvier dernier Patrick Pouyanné, le PDG de Total.

L'entreprise a ainsi réduit la valeur de ses investissements dans les sables bitumineux au Canada de 8 milliards de dollars. Le Suriname, à l'inverse, dispose d'un pétrole facilement accessible et d'excellente qualité.

Selon les estimations, le pays possèderait des réserves de trois à quatre millions de barils exploitables à 30 ou 40 dollars le baril. Par comparaison, le pétrole américain issu du gaz de schiste n'est plus compétitif en dessous de 50 dollars le baril.

Pas cher, mon pétrole

Mais si le Suriname attire autant les majors du pétrole, c'est qu'il dispose de plusieurs autres atouts, qui abaissent encore les coûts de production.

Il réclame notamment des royalties bien plus faibles que ses concurrents, autour de 6,25% des revenus des compagnies pétrolières, contre 16% en moyenne dans les pays développés. De plus, il offre des concessions de dix ans, bien plus longues que dans les autres pays d'Amérique latine.

Les forages vont donc bon train dans le pays. Total et Apache, partenaires dans le pays, ont annoncé quatre découvertes majeures en 2020 et 2021 dans une zone offshore au large des côtes surinamaises.

ExxonMobil et la compagnie pétrolière malaisienne Petronas ont également annoncé en décembre dernier le succès d'un puits de forage offshore dans un bloc adjacent au Guyana.

Plusieurs autres compagnies prévoient de forer au moins quinze puits d'exploration ou de production au cours des deux prochaines années, rapporte le New York Times.

Le Suriname risque cependant d'être l'arbre qui cache la forêt. Engagées à fond dans la transition énergétique vers le solaire et l'éolien, les compagnies pétrolières se détournent de plus en plus de l'exploration de nouveaux territoires. «Le Suriname est peut-être le dernier grand bassin pétrolier qui entrera en exploitation», prédit ainsi le quotidien new-yorkais.

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